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Pourquoi il faut continuer le combat contre les réseaux de soins

Les députés viennent d’adopter, à la hussarde, la proposition de loi autorisant les mutuelles à créer des réseaux de soins[1].

Ces réseaux de soins avalisent le principe des remboursements différenciés. Celui-là même qui fait bondir les médecins et les malades car :

–          Quel soignant peut accepter de prodiguer des soins différents entre malades selon leurs assurances complémentaires ?

–          Quel malade peut accepter pour lui ou ses proches de se voir imposer les professionnels choisis par les assureurs complémentaires santé puis de voir ce tiers intervenir dans le choix des soins ou prestations ?

Les députés de leur côté ont voté le texte en expliquant avec une conviction confondante, que le « remboursement différencié » n’induit pas de différence entre les malades.

Pourtant, c’est un fait, avec ce texte, les malades ne seront plus soignés à égalité.

 

Mais comment en est-on arrivé là ?

Le recul incessant de la Sécurité sociale de la prise en charge des soins de ville conduit à une place plus grande pour les assurances complémentaires santé dont la grande majorité sont des mutuelles.

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir les mutuelles jouer un rôle plus important, tant leurs principes fondateurs sont essentiels :

–          gouvernance par les adhérents sur la base du « un homme, une voix »,

–          remboursements équivalents pour une cotisation égale,

–          redistribution des bénéfices sous forme de réduction des cotisations de tous.

C’est d’autant plus essentiel que le président de la République s’est emparé du sujet des non adhérents à une complémentaire.

Pour autant, et en attendant ce débat que nous appelons de nos vœux sur les modalités d’un élargissement égalitaire du rôle des complémentaires, deux points tout particulier interrogent et nous conduisent à poursuivre notre action pour le rejet de ce texte[2] et pour préserver l’accès aux soins de tous :

  1. Le remboursement différencié vient à l’encontre de la Constitution et du droit européen.

Les réseaux actuels autorisés pour les assureurs privés viennent à l’encontre du droit à la santé garanti par la Constitution. C’est ce qu’a réaffirmé le Conseil d’Etat dans sa décision n° 337065.

Cette décision précise en résumé que le forfait journalier de 18 euros fixé à l’article R. 174-5 du code de la sécurité sociale ne méconnaît pas les exigences de l’alinéa 11 du Préambule de la Constitution, dès lors que les sommes susceptibles de rester à la charge des assurés sociaux sur les frais d’hospitalisation et de soins ambulatoires n’excèdent pas, compte tenu des remboursements susceptibles d’être obtenus d’une assurance maladie complémentaire et du coût prévisible de cette assurance, la part des revenus au-delà de laquelle ces exigences ne seraient plus satisfaisantes.

Cette décision vient d’être confirmée par la CJUE (cour de justice de l’union européenne) qui avait été saisie par la MGEN pour valider le remboursement différencié. En effet, son ordonnance 21 avril 2012 confirme, dans son alinéa 21, que le cadre actuel respecte la concurrence et a contrario qu’autoriser les assurances mutuelles à créer des réseaux privatifs serait une entrave au droit européen.

 

On comprend bien la volonté et l’urgence, notamment pour la MGEN, d’inscrire dans la loi le remboursement différencié. Il s’agirait en effet, tel que cela a été rappelé au cours des débats du 28 au soir, d’un alignement sur les assureurs.

Dès lors, plutôt que d’étendre une disposition qui va à l’encontre des droits fondamentaux de la population, le législateur n’est-il pas censé respecter la constitution et voter la cessation de tout remboursement différencié dans la santé ?

 

 2. La question des clientèles captives

Le remboursement différencié, en construisant des différences entre malades, crée des clientèles captives dirigées vers tel ou tel professionnel choisi par l’assureur.

Cela heurte les défenseurs des droits des malades mais aussi le droit à la concurrence.

L’instrumentalisation des parlementaires par la mutualité est d’autant plus incompréhensible que dès aujourd’hui les assurances mutuelles peuvent s’inscrire au code des assurances pour construire leurs réseaux privatifs.

Evidemment, elles y perdraient leur défiscalisation en tant que mutuelles…

Au final, excusez du peu

Les députés votent à la hussarde une loi instable juridiquement

–          qui va à l’encontre du droit à la santé de la population,

–          dont l’utilité immédiate est de protéger la MGEN de poursuites pour avoir construit des réseaux privatifs allant à l’encontre de l’article  L112-1 du code de la mutualité,

–          qui permet d’échapper à l’impôt pendant quelques temps de plus.

 

Est-ce vraiment digne de notre démocratie ?

 

Pour rappel :

L’article L. 112-1 du code de la mutualité dispose:

«Les mutuelles et les unions qui mènent des activités de prévention ou d’action sociale ou qui gèrent des réalisations sanitaires, sociales ou culturelles ne peuvent moduler le montant des cotisations qu’en fonction du revenu ou de la durée d’appartenance à la mutuelle ou du régime de sécurité sociale d’affiliation ou du lieu de résidence ou du nombre d’ayants droit ou de l’âge des membres participants.

Les mutuelles et les unions exerçant une activité d’assurance sont soumises aux dispositions de l’alinéa précédent pour les opérations individuelles et collectives à adhésion facultative relatives au remboursement ou à l’indemnisation des frais occasionnés par une maladie, une maternité ou un accident. Pour ces opérations, les mutuelles et les unions ne peuvent en aucun cas recueillir des informations médicales auprès de leurs membres ou des personnes souhaitant bénéficier d’une couverture, ni fixer les cotisations en fonction de l’état de santé.

Les mutuelles et les unions visées au présent article ne peuvent instaurer de différences dans le niveau des prestations qu’en fonction des cotisations payées ou de la situation de famille des intéressés.»


[1] Proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale le 28 novembre 2012 relative au fonctionnement des réseaux de soins créés par les mutuelles et aux modalités de mise en oeuvre des conventions conclues entre les organismes de protection sociale complémentaire et les professionnels de santé, transmise au Sénat le 29 novembre 2012.

[2] www.soinscoordonnes.eu/petition.php: plus 19 000 signataires à l’heure où nous diffusons et la mobilisation ne cesse d’enfler.

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Sauver la santé doit-il passer après le sauvetage des Mutuelles?

L’objectif de la proposition de loi dont il est aujourd’hui question est d’obtenir le droit d’ouvrir des réseaux mutualistes.

Les efforts de la Mutualité, notamment au travers d’une vaste campagne de communication menée depuis plus d’un an, ont largement porté leurs fruits sur une grande majorité des esprits qui a perdu sens critique et perspectives de long terme relativement à notre système de santé et à ses fondements d’universalité et d’égalité.

Il est partout question d’une mesure d’alignement et de cohérence avec les textes déjà existants, ainsi que d’une potentielle menace juridique qui pèserait sur les mutuelles qui pourraient dès 2013 être condamnées par la CEDH.

Faut-il à nouveau rappeler qu’il s’agit ici du droit à la santé de tous, celui-là même que garantit notre Constitution ? Qu’un remboursement différencié implique, par principe, de faire une distinction entre malades et que certains adhérents seront mieux remboursés que les autres ?

Que notre système de santé peine à prendre en charge les malades est une chose. Aller vers une privatisation de la Sécurité sociale au profit des Mutuelles en est une autre.

Elle mérite à tout le moins que soient calmement posés les termes d’un débat démocratique qui ne pourra que contraster avec l’empressement pour ne pas dire la fougue, avec laquelle ce texte de loi, particulièrement instable juridiquement au demeurant, devrait être voté.

Beaucoup reste à faire et les députés et sénateurs seraient par exemple bien inspirés de voter une loi de progrès social qui généraliserait le tiers payant pour les assurances complémentaires santé. Pour un malade, être sanctionné financièrement, c’est la double peine.

Les 17 000 professionnels de santé, étudiants, internes et citoyens qui ont signé notre pétition (www.soinscooordonnes.eu/petition.php) disent leur refus de voir les malades soignés différemment en fonction de leurs assureurs complémentaires. C’est un bouleversement total de notre système de santé.

Le recul du service public de santé que représente le retrait de la Sécurité sociale des soins de ville s’accompagne d’un recul de l’accès aux soins, un recul sur la liberté de choix de son médecin et plus généralement de tout professionnel de santé.

Cette proposition de loi doit être retirée et un débat s’ouvrir.

L’empressement des députés qui la portent et au sujet desquels la presse a révélé les liens directs avec la Mutualité, est un défi à la démocratie, surtout quand tant de lois attendent d’être examinées depuis des mois et que celle-ci trouve une place à l’agenda en quelques jours.

Les attentes et les craintes sont nombreuses en ce qui concerne la sauvegarde de notre système de santé. Prenons le temps d’en discuter et sauvegardons ce qui peut encore l’être des soins de proximité et de l’indépendance des professionnels.

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Presse – « Derrière les Réseaux, le sauvetage financier des mutuelles »

Ci-dessous une interview parue sur le site EGORA.fr (en partenariat avec le Panorama du Médecin).

Bonne lecture.

 

Politique de santé par Catherine Le Borgne le 22-11-20129 réaction(s)

Derrière les réseaux, le sauvetage financier des mutuelles

 

Dans le contexte de la promesse du président de la République, prononcée devant les congressistes de la Mutualité française, d’œuvrer à offrir “une mutuelle pour tous d’ici 2017”,  le Dr. Martial Olivier-Koehret, créateur de l’association Soins coordonnés, s’interroge sur les réelles finalités du projet de loi sur les réseaux de soins mutualistes, qui met actuellement la profession à feu et à sang.

Initiateur d’une pétition qui a déjà recueilli plus de 15 000 signatures, pour contrer cette “transformation silencieuse de notre système solidaire en un mécanisme de conventionnement individuel des médecins”, Martial Olivier-Koehret pose des questions sur les enjeux financiers colossaux qui pourraient se cacher derrière cet accord.

Vu au travers du prisme des liens historiques et souvent même organiques tissés entre la mutualité française et le parti socialiste depuis des décennies, auquel s’ajoute celui de la crise économique mondiale, cet accord que le gouvernement tente de faire passer à la hâte scandalise Martial Olivier-Koehret, qui lance un “J’accuse !”. Le généraliste enjoint les parlementaires qui auront à examiner le 28 novembre cette proposition de loi de se lever et réagir. Il demande surtout au gouvernement de stopper sa tentative de passage en force, pour poser le débat et ses enjeux devant tous les Français.

 

Egora.fr : Dans le contexte du débat autour de la proposition de loi sur les réseaux de la mutualité, on a l’impression que certains ont peur de parler…

Dr. Martial Olivier-Koehret : C’est le mot, cela correspond exactement à ce que l’on vit. On entend des rumeurs dans tous les sens, partout, affirmant notamment que le Premier ministre a des amis très proches qui sont mutualistes. On évoque des liens directs entre la Mutualité et l’actuelle majorité… Alors que l’agenda parlementaire est particulièrement embouteillé, on voit arriver à toute vitesse, sans concertation, un texte de loi immédiatement inscrit à l’agenda et dont l’adoption doit se faire en quelques jours. C’est inouï, surtout s’agissant d’une loi concernant l’organisation des soins ! On n’a aucune réponse  lorsqu’on interroge sur les raisons de cet empressement….Et puis, dans cette très curieuse ambiance, on perçoit une multitude de signaux concernant d’énormes éléments financiers, chiffrés en milliards d’euros. Il se dit ainsi que les mutuelles ont placé leurs fonds de garantie obligatoires en fonds souverains grecques ou espagnols.

Ce qui n’est pas très rassurant par les temps qui courent, d’autant que l’on entend aussi dire que des organismes complémentaires comme Groupama ou la filiale financière de la MGEN, rencontrent de très gros problèmes financiers… Voilà pour le contexte. Et derrière, on voit débouler des mesures qui nous concernent directement, qui vont amener à un conventionnement individuel de l’ensemble des professionnels de santé et des établissements. Car c’est bien ce qui est écrit dans le texte, ces dispositions ne concernent pas uniquement les opticiens ou les chirurgiens dentistes comme on veut nous le faire croire. On va directement vers un conventionnement individuel et je ne l’accepte pas car notre règle, c’est le conventionnement collectif basé sur un contrat de solidarité, identique pour tous. Or voilà qu’arrive un tiers qui ne fait même pas partie de la puissance publique, un assureur qui s’affiche dans les médias et se livre à coups de millions d’euros à une bagarre pour acquérir des parts de marché sur la concurrence.

 

Les assureurs privés et les mutuelles ne sont pas régis par le même code…

Mais pour nous médecins, c’est la même chose ! Il ne se passe pas une semaine sans que l’un de mes patients me demande pourquoi un soin a été rejeté par son assurance santé complémentaire. Quand un assureur a trop de sinistres, il met l’affilié dehors ! Mais c’est vrai qu’il faut faire une distinction, car le code de la mutualité permet surtout aux mutuelles d’être défiscalisées*. C’est tout de même un paradoxe, alors qu’on cherche à augmenter les impôts de tout le monde, de réaliser que les mutuelles vivent dans une logique financière basée sur la défiscalisation, notamment de leurs œuvres sociales.

Les mutuelles n’ont pas de but lucratif…. Elles ne sont pas en actionnariat et leur but principal n’est pas de générer des bénéfices pour l’actionnaire.

Mais elles en font quoi de l’argent qu’elles gagnent ? Pour moi, il n’y a pas de différence, en dehors de cette défiscalisation partielle. Il y a plus de 20 euros sur 100 qui partent en coûts de gestion, c’est tout de même invraisemblable ! Je considère qu’en matière de santé, les coûts de gestion devraient être plafonnés, réglementés et connus de l’affilié au moment où il signe le contrat. C’est une demande de transparence minimum. Or mes patients ne savent pas  pour quoi ils sont assurés.

Il faudrait tout de même que les parlementaires se posent une fois pour toutes les bonnes questions, sur la manière dont l’argent circule, sur les placements des réserves financières obligatoires. Est-il exact qu’elles sont placées dans des fonds souverains grecs et espagnols ? Si des règles de solvabilité existent, c’est bien pour assurer la stabilité des contrats, non ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Si ces réserves ont été déposées dans ces fonds souverains, cela expliquerait l’urgence de prendre des décisions. Cet empressement, cette confusion sur les comptes font que les professionnels se demandent vraiment ce qu’il se passe. Nous arrivons à 15 000 signatures sur notre pétition, d’autres groupes viennent nous rejoindre. Progressivement les gens réalisent ce qui est en train de se passer et se disent que ce n’est pas possible que nous basculions vers un conventionnement individuel.

Que redoutez-vous principalement pour les patients et les médecins ?

D’une part, une protection complémentaire, cela coute très cher et les frais de gestion, de publicité, ce sont les patients qui les payent. Acquitter une complémentaire au même prix quelque soit le revenu, c’est aussi un basculement par rapport à notre système solidaire. Cela bouscule nos principes constitutionnels, à commencer par l’égalité devant l’impôt. Quant aux médecins, ils auront sans doute l’obligation de faire des devis, comme les dentistes et les opticiens, et d’attendre selon le type de garanties des contrats, l’autorisation pour soigner les patients. Ce qui revient à dire qu’en fonction de la garantie du patient, les consultations seront différentes. Cela heurte profondément. Il ne faut pas oublier non plus que le président de la Mutualité française Etienne Caniard, a déclaré officiellement que les réseaux mutualistes s’entendaient avec remboursement différencié et négociation des prix à la baisse, avec les professionnels.

 

Les mutuelles évoquent un cahier des charges, des pratiques et des chartes de qualité.

Dans les faits, le médecin demandera à son patient quelle est sa mutuelle et sa garantie avant de le soigner. Moi, je suis un chaud partisan des recommandations, mais elles ne doivent pas être différentes selon le type de contrat. Ce n’est pas à l’assureur de faire ses recommandations. Lorsqu’on évoque une “charte qualité”, cela veut simplement dire que les prestations seront différentes selon les contrats, car le but est de faire des économies. Et je prends le pari que si ce texte de loi se concrétise,  cela finira par l’entente préalable. Je suis frontalier de la Suisse, et c’est comme cela que les choses fonctionnent là bas.

 

Les internes et les chefs de cliniques en grève ont eu la promesse qu’un amendement au projet de loi exclurait les soins médicaux des remboursements différenciés…

Oh, des promesses, j’en ai eu beaucoup. Je me méfie. Dans ce jeu-là, le gouvernement se doit de calmer les uns et les autres, car il veut que les hôpitaux soient apaisés pour les fêtes de fin d’année. Alors il fait un certain nombre de promesses. Mais cela ne correspond à rien. Ca flambe de tous les côtés, du côté des biologistes, des jeunes, des chirurgiens –  j’irai à la manifestation du BLOC le 2 décembre. La seule chose que le gouvernement puisse faire pour calmer les choses, c’est de faire retirer cette proposition de loi et engager une concertation sur le sujet de l’accès aux soins pour tous, après qu’une commission d’enquête parlementaire a fait la lumière sur les éléments financiers, pour l’ensemble du secteur. Plus le gouvernement voudra aller vite, plus les gens seront heurtés et plus la mobilisation s’accentuera.

Cela fait plus d’un an qu’on ne trouve pas un créneau dans l’agenda parlementaire pour que le projet de loi censée protéger le capital des biologistes, votée à l’unanimité par l’Assemblée, puisse être examiné par le Sénat. Pendant ce temps-là, les laboratoires sont rachetés par les grands groupes financiers. Pourquoi ? Ce n’est pas l’artifice d’un amendement présenté aux internes et chefs de clinique qui calmera les choses, il ne faut pas non plus les prendre pour des perdreaux de l’année.

 

Le syndicat MG France que vous avez présidé a bien conclu un accord, cet été, avec la MGEN ?

Tout à fait. Ce syndicat est très satisfait de ce qui est en train de se passer. Cela prouve bien qu’il y a des différences entre nous.

 

*Les mutuelles ne sont soumises partiellement à l’impôt sur les sociétés que depuis cette année, du fait de la traduction dans notre droit d’une directive européenne par la loi de finances 2011. Elles en étaient totalement exonérées jusqu’alors.

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Solidarité, accès aux soins, mutuelles… Solubles dans l’alcool?

A l’origine

La Mutualité est une spécificité française, quasi unique au monde. C’est une noble initiative, précurseur historique de notre sécurité sociale, facteur essentiel de cohésion sociale. Ses principes fondateurs – aujourd’hui dévoyés – sont :

–          la gouvernance par les adhérents sur la base « un homme, une voix, »

–          une cotisation identique pour tous assortie de prestations identiques pour chaque adhérent.

La Sécurité Sociale (issue des travaux du CNR de 1945) existe au travers de son principe fondateur qui exige des cotisations obligatoires proportionnelles aux revenus et des prestations identiques pour tous sur tout le territoire. Ce principe est constitutif de la société française et constitue un des droits essentiels de la population. Nous touchons là au fondement même de notre démocratie.

La Mutualité est devenue au fil du temps, le complément naturel, indispensable et idéal du régime obligatoire, qu’il s’agisse de compléter les remboursements de la sécurité sociale, ou de développer le champ extraordinaire de la prévention aujourd’hui en friche, qui a besoin de pionniers pour se structurer et contribuer à améliorer la santé de la population.

De nombreux dirigeants mutualistes (à l’ancienne…), respectueux de la démocratie interne, économes de l’argent des cotisants, pionniers des interventions dans la prévention méritent le respect de tous. Ils sont toutefois peu à peu remplacés par des entrepreneurs-gestionnaires qui appellent ouvertement au regroupement des mutuelles en entités financières, inscrites au code de l’assurance ou au code de la mutualité selon leurs intérêts.

Et aujourd’hui ?

On a récemment entendu la déclaration péremptoire d’un responsable de la Mutualité : « C’est nous qui payons les vitrines », allusion pleine de subtilité aux opticiens, pharmaciens, biologistes, audioprothésistes, etc. Il ne peut pourtant lui avoir échappé que tous payent leur outil de travail avec leur activité professionnelle quotidienne et des relations commerciales transparentes.

On peut remettre en cause cet état de fait et ouvrir un débat légitime. Avant de se lancer dans cette bataille, il est sans doute préférable d’avoir balayé devant sa porte. Car la question se pose du côté des Mutuelles également : qui paye les vitrines des Mutuelles ? Qui assume les coûts de gestion pharaoniques des mutuelles ? Qui les décide ? Qui paie les coûts d’acquisition des contrats ?

Le principe fondateur mutualiste « un adhérent, une voix » pourrait laisser penser que les plus de trente millions d’adhérents revendiqués ont voté les investissements décidés et autres dépenses de prestige. Ah vraiment ?

Bien sûr que non et pourtant. Chaque cotisant (sans le savoir) paie. La transparence en prend un coup car c’est le SEUL secteur dans notre pays où celui qui paie, le cotisant, n’a pas le droit de savoir où va son argent.

Les hauts dirigeants mutualistes ont pour leur part obtenu dès les premiers pas du nouveau gouvernement  le report sine die de la transparence sur les coûts de gestion des mutuelles.

Ce report a été justifié au nom de la transparence. Belle ironie de l’histoire.

Quoi qu’il en soit, le récent rapport de l’OCDE sur les coûts de gestion des assurances santé en Europe[1] explique sans doute cette soudaine timidité des mutuelles françaises à présenter leurs comptes à leurs cotisants.

L’assurance santé est un des rares secteurs où les coûts de gestion ne sont pas réglementés. Certaines mutuelles arrivent à 18 et même plus de 20% de frais de gestion. A titre de comparaison, la moyenne des frais de gestion des régimes obligatoires et complémentaires en France se situe à 7% (contre 3% pour le groupe des pays OCDE aux prestations comparables).

Les députés et sénateurs, toujours prompts à dérembourser les malades ou à se saisir des plus petites recettes fiscales, peuvent-ils raisonnablement continuer à se désintéresser des coûts de gestion des complémentaires santé ? Ont-ils vraiment conscience que le surcoût des frais de gestion des complémentaires santé représente au total plus que le déficit de l’Assurance Maladie ?

Et les coûts d’acquisition ?

Les mutuelles santé sont d’abord et avant tout des entreprises privées qui se livrent à une concurrence effrénée pour attirer de nouveaux clients à grands coups de publicité et de remise des premiers mois de cotisations.

Une fois encore, ces « coûts d’acquisition » sont payés par les cotisants sans qu’ils l’aient jamais décidé ni même sans le savoir lors la signature du contrat d’adhésion.

Pour faire bonne mesure, la Mutualité entretient des centres de santé et d’optique notamment. Dans la mesure où ils ne paient pas d’impôts, ils représentent une concurrence pour le moins déloyale pour le voisin privé qui déplore des charges 25% plus importantes ne serait-ce que par le fait qu’il paie, lui, ses impôts. Les impôts ne sont pas la seule source d’inégalité puisque les centres de santé mutualistes en cessation de paiement se sont généreusement vu octroyer 3,5 millions d’euros par le Président de la République à l’occasion de son passage à Nice.

Ajoutons, pour faire bonne mesure, l’extrême discrétion des hauts dirigeants mutualistes, toujours prompts à dénoncer les rémunérations des médecins, sur leurs propres rémunérations et train de vie. Là aussi l’opacité fait loi.

Contre la PPL 296

Dans ce contexte, l’adoption à marche forcée de la Proposition de loi n°296[2] inscrite en moins de temps qu’il ne faut pour le dire à l’ordre du jour des deux assemblées (quand de très nombreux textes attendent depuis des années qu’on leur trouve une place à l’agenda), constitue une entorse à la démocratie.

C’est évidemment sans noter le conflit d’intérêt manifeste que représente la défense de ce texte par une députée anciennement employée de la Mutualité et d’autres députés qui lui sont liés de près ou de loin.

Cette Proposition de loi bouleverse les équilibres de notre société toute entière. Elle vient  transformer en quelques lignes notre système de santé sans aucun débat public et annihile les droits fondamentaux de la population.

Confier le champ ambulatoire de la santé au conventionnement individuel par une Proposition de loi, qui plus est, adoptée en catimini, à des groupes financiers aux coûts de gestion opaques et disproportionnés qui ne paient pas d’impôts et qui se livrent à une guerre commerciale de centaines de millions d’euros pour trouver des clients, est une hérésie.

Nous ne baisserons pas les bras et appelons à la mobilisation de tous les citoyens.

Nous appelons aussi à rouvrir le débat sur notre système de santé qui ne répond plus aux besoins des malades. Nous y défendrons pour notre part l’accès aux soins de proximité pour tous et sur tout le territoire, l’indépendance professionnelle, le respect du principe d’égalité devant l’impôt et la participation active des patients et leurs représentants.

Ce débat s’impose. Il devra faire l’effort d’inviter la totalité des intervenants et défenseurs d’idées et de principes pour ne pas se contenter d’entendre les éternels briscards avec lesquels on a l’habitude de parler. Cela nous promet de riches et passionnantes heures d’échanges qui ne pourront manquer d’aboutir à la sécurisation et la refonte de notre pacte social, sanitaire et républicain.


[1] Systèmes de santé. Efficacité et Politique, OCDE, 5 avril 2011.

[2] Proposition de loi n°296 visant à permettre aux mutuelles de mettre en place des réseaux de soin.

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Dépassements de tarifs: la déconstruction du système de santé est entamée

Coup de théâtre dans la négociation conventionnelle : les mutuelles annoncent qu’elles vont financer l’augmentation de certains actes opposables. Pour être précis, cette proposition ne vise pas les dépassements de tarifs (qui font l’objet d’une autre discussion). Elle concerne bel et bien les actes opposables.

En clair, les Mutuelles vont se substituer à l’Assurance Maladie pour rémunérer certains médecins spécialistes. Il s’agit donc d’une modification essentielle des fondements de la Sécurité sociale, de notre système de santé et de son financement solidaire sans débat ni prospective.

Le syndicat historique des médecins, tout heureux des quelques euros que les médecins récupèreront, se félicite bruyamment de ce changement.

Dans le même temps, les mutuelles entendent obtenir la possibilité de conventionner les professionnels de santé, dont les médecins en échange de cet effort. Une proposition de loi[1] vient opportunément d’être déposée pour permettre ce conventionnement par voie législative.

L’effort consenti par les mutuelles est d’abord celui de leurs adhérents qui vont cotiser davantage. Contrairement aux cotisations à l’Assurance Maladie qui sont proportionnelles aux revenus, les cotisations des complémentaires sont les mêmes quel que soit le revenu. Ce qui modifie le niveau de cotisations, ce sont les prestations prises en charge, plus importantes pour une cotisation plus chère. Au final, à moins d’une investigation poussée auprès de la mutuelle concernée, rares sont ceux qui savent vraiment comment leurs dépenses de santé sont couvertes ni non plus quels sont les frais de gestion de ladite mutuelle.

La promesse de la FNMF s’élève à 150 millions d’euros sur les actes de quelques spécialités médicales. Ce n’est pas cher payé pour acquérir les clés du conventionnement des professionnels. Tempérons l’engouement des syndicats médicaux pour ce « plat de lentilles »  en rappelant que ni l’UNOCAM ni la FNMF, n’engagent leurs membres. Surtout, si une telle mesure arrive à son terme, il n’est sans doute pas inutile de rappeler à leurs mandants et, de manière générale à l’ensemble des  professionnels de santé, qu’ils se trouveront très vite face à des milliers d’assureurs qui discuteront pied à pied les prix de chacun de leurs actes. Bienvenue dans le monde des carrossiers agrées face aux voitures accidentées.

Du point de vue des usagers dont personne ne semble se soucier, ils sont réduits à devenir une clientèle captive des assureurs privés ou mutualistes et devront se faire soigner dans le réseau de leur assureur en échange d’un meilleur remboursement. Les malades deviennent ainsi eux-mêmes captifs et impacteront indirectement sur les tarifs des médecins. Ils devront baisser leurs tarifs pour être choisis et conserver leur patientèle. Les 150 millions seront donc un investissement particulièrement rentable et avec une rapidité sans égale pour les assureurs.

Avant qu’il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer, il reste à en appeler à nos élus, les parlementaires nouveaux et anciens, auxquels nous avons en confiance donné mandat pour protéger  l’accès aux soins, la transparence des comptes et l’égalité devant l’impôt. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, à vous de jouer pour donner une chance à notre système de santé en refusant cette proposition de loi.


[1] Proposition de loi n°296 visant à permettre aux mutuelles de mettre en place des réseaux de soins, enregistrée à la présidence de l’assemblée nationale le 16 octobre 2012.

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Dépassements de tarifs des médecins : comment passer à côté des vraies questions ?

Des mois d’arguties et des kilomètres de papier pour discuter du prix des actes médicaux sans savoir ce que le tarif recouvre.

Les dépassements de tarifs des médecins spécialistes, de la médecine de ville et de l’hôpital public, représentent actuellement 2,4 milliards d’euros par an. Ils sont pris en charge ou non par les assureurs complémentaires santé selon les contrats des malades.

Aujourd’hui, les professionnels dans leur ensemble considèrent qu’un acte vaut plus que ce que l’Assurance maladie leur confère. Pour les plus pugnaces, ce différentiel justifie de demander un complément d’honoraires aux malades. En parallèle, certains médecins estiment que leurs propres actes valent plus que ceux de leurs confrères et qu’ils peuvent légitimement exiger davantage que ces derniers.

En octroyant à certains médecins un « DP » (Droit à Dépassement Permanent) lié à leur notoriété ou à leurs diplômes, l’Assurance maladie a, pendant un temps, reconnu et avalisé ces différences. L’arrivée du « secteur II » a simplifié la situation et entériné cette pratique : pouvait dépasser les tarifs de l’Assurance maladie celui qui le souhaitait ; du moins jusqu’à 1990. A partir de là, seuls les médecins s’installant en libéral avec le titre universitaire de chef de clinique – assistant des hôpitaux ont pu se réclamer du secteur II.  Lors des discussions conventionnelles en cours, l’Assurance maladie vient de proposer des critères pour justifier des dépassements de tarifs parmi lesquels la notoriété et la compétence.

La politique tarifaire menée depuis des années par l’Assurance maladie avantage systématiquement certaines spécialités qui bénéficient d’augmentations (les actes techniques répétitifs des radiologues) au détriment des autres (les chirurgiens par exemple et les généralistes). Le secteur II : un paradis, qui n’a de paradis que le nom, parvient à cristalliser les tensions et les crispations de nos fameux tenants du monde ancien, centrales syndicales et corporatistes en tête.

Tout cela apparaît très humain puisqu’il s’agit de la valeur que chacun pense représenter et de ses propres revenus. Quant aux malades lorsqu’ils sont biencouverts par leurs assureurs, on comprend aisément qu’ils recherchent le meilleur médecin, « quel que soit le prix », pour s’occuper de leur santé.

Alors que le débat se concentre autour de l’accès aux soins, considéré sous le seul prisme financier, les dépassements de tarifs interrogent avec acuité des questions primordiales qui demeurent aujourd’hui éludées.Plus que la somme payée, ce sont le parcours de soin, les pratiques médicales, le contenu des actes et le rôle respectif des assureurs obligatoires et complémentaires qui doivent  faire débat.

Actuellement, la pertinence de l’acte tout comme sa réalisation tiennent du triangle des Bermudes. Quel acte et avec quel contenu, pourquoi l’effectuer, pourquoi le répéter et dans quelles conditions… ? Autant de questions qui demeurent aujourd’hui sans réponse. Les consultations médicales relèvent de forfaits dont on ne sait plus au fil du temps ce qu’ils recouvrent. Le nombre beaucoup plus élevé dans notre pays qu’ailleurs de certaines investigations spécialisées très couteuses (jusqu’à quatre fois plus) ne signifie pas que les patients soient mieux soignés. Pourtant,  au lieu d’engager une réflexion sur la qualité des actes et leur pertinence dans le parcours de soins du patient, les discussions en cours se limitent aux seuls tarifs et à leurs dépassements.

Certes, l’Assurance maladie et les syndicats de médecins sont avant tout légitimes pour aborder la question des tarifs. Le directeur de l’Assurance maladie en profite habilement, en renvoyant la résolution des discussions en cours au gouvernement à qui il demande d’augmenter l’ONDAM. Le voilà exonéré de l’échec annoncé de ces discussions. Gageons qu’elles se termineront dans quelques semaines par un engagement de tous à la modération et par la généralisation des dépassements à tous les médecins spécialistes. Y  compris les 50 % de médecins spécialistes qui respectent aujourd’hui les tarifs opposables.Au final, ceux qui pensent valoir plus que les autres se sentiront lésés de cette uniformisation prévisible, tout comme les patients sans complémentaires. Quant aux malades largement remboursés parleurs assurances avec de fortes primes, ils regretteront les tarifs exorbitants qui leur donnent l’impression d’être mieux soignés, sans comprendre que le véritable enjeu demeure, là encore, dans le contenu de l’acte plus que dans le souhait du médecin de demander plus.

Aujourd’hui, des négociations autrement plus importantes pour la qualité et la sécurité des soins doivent être conduites avec l’Etat et les représentants des patients, pour chaque spécialité concernée. Elles doivent identifier les actes les plus pertinents, définir leur contenu et le contexte dans lequel il doivent être réalisés dans le cadre du parcours de soins du malade, veiller à leur qualité et garantir l’effectivité des résultats obtenus.

Cette approche, complémentaire à la mise en place d’un observatoire des tarifs médicaux chargé de comparer les évolutions des spécialités entre elles et l’impact des augmentations de tarifs sur les revenus des médecins concernés, permettra aux malades de bénéficier d’actes spécialisés moins nombreux et réalisés en fonction de leur état de santé. Ainsi, les médecins pourront être mieux rémunérés, à l’instar des autres pays de l’OCDE où les médecins réalisent moins d’actes pour des revenus largement supérieurs, et les malades mieux remboursés.

Pour que ce scénario ne demeure pas chimérique, une intervention vigoureuse des pouvoirs publics s’impose. Dans l’immédiat, la énième pièce de théâtre conventionnelle verra à son tomber de rideau, l’Assurance maladie se contenter cyniquement d’augmenter les médecins en faisant porter la charge aux complémentaires santé. Lesquelles complémentaires ne pourront que se satisfaire de connaître le montant des dépassements pour ajuster leurs primes à l’avance.

Au final :

–          le malade paiera plus cher, soit par le dépassement, soit par la prime aux assureurs, sans contrepartie en termes de qualité ni d’organisation des soins,

–          les médecins feront payer plus cher des actes sans montrer ce qu’ils offrent et ceux d’entre eux qui font des efforts d’amélioration des pratiques seront une nouvelle fois lésés,

–          l’Assurance Maladie poursuivra la généralisation des dépassements de tarifs médicaux de la convention 2005 renouvelée en 2010, en laissant croire qu’elle remplit sa mission de défense des tarifs opposables,

–          et les grands perdants demeureront l’accès aux soins et la qualité des  pratiques.

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Dépenses de santé : Qui doit faire des efforts pour sauver notre système solidaire ?

L’autre ! En matière de dépenses de santé,  l’autre est le bienvenu pour faire des efforts.

Et moi ? Il ne peut en être question.

  • L’Assurance Maladie vient une nouvelle fois de succomber à ce mal français.

Elle vient de publier son nouveau plan d’économie repris abondamment partout et par tout le monde.

Il est évidemment architecturé selon le même plan que tous les précédents : sauvons la solidarité, les malades doivent faire des efforts, les professionnels doivent faire des efforts, l’Assurance Maladie sera ainsi sauvée. CQFD.

Depuis 10 ans que les malades et les professionnels font des efforts, nous devrions y être. Apparemment, tout reste à faire. Si les anciennes recettes ne fonctionnent visiblement pas depuis toutes ces années pourquoi les répéter années après années ?

Les propositions de l’Assurance Maladie sont des vœux pieux qui jamais ne trouvent de matérialisation : développer la chirurgie ambulatoire, optimiser les achats, encadrer les prescriptions, etc.

  • Les mutuelles ne sont pas en reste et apprécient elles-aussi le jeu du « c’est l’autre qui doit agir ».

Dernière initiative en date : leur demande de la fin du remboursement à 15 % de certains médicaments au nom de l’accès aux soins. Il s’agit ni plus ni moins que de transférer le remboursement de ces médicaments vers les malades qui paient :

1. la sécu obligatoire (cotisations sociales et impôts),

2. leur complémentaire

3. le reste à charge de plus en plus souvent.

Ces mêmes mutuelles plaident avec conviction pour moins de paiement à l’acte et plus de forfaits dans la rémunération des généralistes. C’est d’autant plus à propos qu’elles ne remboursent que les actes mais ne donnent pas un cent sur les forfaits des médecins.

Pour faire bonne mesure,  les mutuelles revendiquent au nom de l’accès aux soins des réseaux fermés de professionnels pour conventionner individuellement les professionnels contre des baisses de prix. Idéal pour améliorer ses marges financières et rendre captif les malades.

Cédons nous aussi au jeu du « c’est l’autre qui doit faire des efforts », l’OCDE dans un rapport récent[1] vient de constater l’importance des « coûts administratifs » des assurances obligatoires et complémentaires, c’est-à-dire les frais de gestion. Ils sont extrêmement élevés : 7% contre une moyenne de 3% dans la zone OCDE. La France se trouve sur ce point à égalité avec les Etats-Unis. Cette différence de 4 points, rapportée à plus de 170 milliards d’euros de dépenses de santé, représente l’équivalent du déficit annuel de la Sécurité Sociale.

Il y a là un gisement d’économies qui devrait sans doute intéresser les parlementaires lors des débats sur le PLFSS qui seront l’occasion pour l’Assurance Maladie et les Mutuelles d’œuvrer pour obtenir des mesures qui frapperont les malades et les professionnels avant tout.

  • Tous les experts, les institutions, de la Cour des Comptes à l’IGAS savent pourtant que c’est la désorganisation des soins qui provoque l’explosion des coûts.

La France est vice-championne du monde des dépenses de santé, championne du monde des dépenses hospitalières. Comment est-il possible qu’on ne comprenne pas une fois pour toute que c’est la désorganisation des soins qui est responsable de cette explosion des coûts ?

Les redondances sont sans limite :

–          Jusqu’à quatre fois d’examens pour le même malade et la même situation dans notre pays par rapports aux pays voisins.  la France fait en moyenne chaque examen quatre fois.

–          Les informations de santé ne circulent pas : le DMP, dont l’acte de naissance date de 2004, censé être généralisé depuis 2007 compte à ce jour à peine 174 000 dossiers ouverts.

–          L’absence de protocoles de pratiques officiels impacte sur la pratique de chaque professionnel  qui n’a d’autre choix que de se protéger en multipliant les interventions et explorations.

Cerise sur le gâteau : l’Assurance Maladie elle-même participe de cette désorganisation des soins quand elle dépense pour Sophia davantage qu’elle ne consacre aux interventions des généralistes.

Revenons à Sophia : alors que les professionnels de santé de premier recours (médecins généralistes, infirmières, biologistes, pharmaciens, etc.) sont dépourvus des moyens de coopérer pour faire face à l’explosion des maladies chroniques, Sophia coûte 180 € par malade. Rappelons qu’une prise en charge équivalente quantitativement et oh combien plus satisfaisante qualitativement  par les généralistes revient à 96 € par malade.

138 402 personnes ont bénéficié de ce « service à distance ». Nous tenons donc là une économie potentielle de 24 912 360 euros en arrêtant ces plaisanteries, auxquelles il convient encore de défalquer les dépenses de communication.

Comment en est-on arrivé là ?

En dépit de ce constat partagé et malgré la concentration de tous les pouvoirs et la main sur les syndicats de médecins, l’Assurance Maladie n’a pas su ni voulu contribuer à une meilleure organisation des soins.

Au final, les déficits ont filé, le recul de l’accès aux soins est patent, l’organisation du déremboursement de la médecine de ville méthodique.

Cette impuissance a conduit la puissance publique à créer les ARS, outil logique de l’organisation des trois piliers : ville-hôpital-médico-social. Les espoirs étaient à leur comble en 2009.

Mais  l’histoire  bégaie : la même Assurance Maladie a privé les ARS de l’accès aux données de santé, de la gestion du risque et des moyens financiers d’agir.

Les professionnels pour leur part (www.soinscoordonnes.fr) revendiquent de pouvoir soigner les patients dans les meilleures conditions et de développer des coopérations pluriprofessionnelles notamment pour les prises en charge des maladies chroniques et des patients dépendants à domicile.

Donnons-leur enfin une chance.

 


[1] Systèmes de santé : efficacité et politiques, OCDE, 25 mars 2011

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Comment se mettre la jeunesse à dos… et marcher sur la tête

Le CNOM essaie de revenir dans le débat.

Mais inutile de braquer les jeunes, la décision est prise ailleurs.

L’avenant à la convention médicale sur la démographie qui limitera les installations dans certaines zones est déjà écrit.

Les clientèles dans ces zones urbaines vont reprendre de la valeur.

Les syndicats peuplés de vieux syndicalistes aux cheveux blancs qui ont déjà transféré le déficit des retraites aux jeunes générations, signeront des deux mains de nouvelles contraintes pour les autres.

Reste à espérer que les syndicats médicaux s’engagent par écrit à n’accepter aucune contrainte dans la convention.

Les jeunes seraient avisés de l’exiger, sinon la trahison sera déjà écrite.

C’est pourtant simple : les jeunes professionnels de santé ont choisi ce métier et fait de longues et difficiles études pour y parvenir. Il suffit de rentre ce métier attractif et d’écouter leurs attentes.

Plutôt que s ‘essuyer les pieds sur leur dos pour faire oublier l’échec des  responsables syndicaux, prenons le pari de l’avenir et décidons que toutes les dispositions seront négociées et signées par ceux qui sont concernés avant tous les autres: les jeunes médecins.

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Tout en FINESS

Les malades, futurs malades et professionnels de santé ont tous d’abord et avant tout besoin d’une organisation des soins.

On le sait depuis longtemps.

On s’y essaie depuis toujours.

Et on bute sur trois écueils auxquels il est pourtant possible d’apporter des réponses simples et efficaces :

1°) L’activité de soins est détournée vers l’hôpital. Toutes choses égales par ailleurs, nous hospitalisons 70% de malades de plus qu’ailleurs. La gradation des soins et l’appropriation du concept de premier recours avec ses implications en terme de parcours de santé structuré en ville sont les deux premières réponses.

2°) L’absence de moyens en ville n’a pas permis de faire face aux missions qui sont les nôtres et qu’on pourrait résumer en un « répondre aux demandes de soins non urgentes à toute heure et en tout lieu ». Nous comptons 3,4 médecins pour 1000 habitants mais seulement 2.5 infirmières (pardon pour la virgule) par médecin. Miser sur les coopérations pluri-disciplinaires, approfondir les nouveaux modes de rémunération, mixer les rémunérations à l’acte au forfait et à la capitation sont autant de propositions évidentes pour se sortir de l’ornière.

3°) Nous nous sommes laissé attirer par le chant des sirènes du salariat. Cette organisation est présentée partout et de plus en plus comme la solution à tous nos problèmes. Entre acteurs libéraux pourtant, aucune profession ne peut en salarier une autre : nous sommes tous les professionnels de santé responsables. Organiser les prises en charge doit passer par les coopérations pluridisciplinaires. Depuis que l’évolution des règles le permet, nous pouvons construire une prise en charge des patients en équipe de soins, fondée sur l’échange et la valorisation des compétences acquises ou susceptibles de l’être et la reconnaissance du statut d’acteur de santé à l’ensemble de ses membres.

De fait, l’aspiration des professionnels de santé de ville à se rapprocher est ancienne.

Plusieurs tentatives se sont succédées contournant les trois écueils que nous venons d’évoquer

a)  Les centres de santé salariés soutenus par des municipalités ou des mutuelles ont pu pallier l’absence de logistique en ville grâce notamment à l’adjonction de personnel d’accueil, de gestion, etc. Insuffisamment pourvoyeur de ressources en provenance des activités de soins, ces centres déficitaires sont voués à partager le sort des modèles économiques défaillants.

b)  Le prototype de Saint-Nazaire CSI (centre de santé intégré où les patients étaient particulièrement impliqués) s’est heurté au corporatisme médical et n’a pu le dépasser.

c)   Les cabinets de groupe de médecins portés d’abord par le SNJMG sont devenus la norme d’exercice. Ils restent le plus souvent limités à un partage des locaux sans projet de santé ambitieux ni coopération pluridisciplinaire aboutie.

Les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) tirent leur force de leur origine : l’envie des professionnels de travailler ensemble autrement. Cela a permis de bouger les lignes et de mettre fin aux archaïsmes comme par l’interdiction initialement faite aux professionnels de santé de partager leurs locaux (art.68 du code de déontologie des médecins, ancien art. R.4127-68 du code de la santé publique)

Ce nouveau modèle d’exercice convient à environ 20% des professionnels de santé pour lesquels il permet la satisfaction conjointe de leurs envies et des besoins locaux.

Et la souris a accouché d’un éléphant

Dans tous les cas, à mesure qu’elles fleurissaient, des syndicats, fédérations et technocrates se sont mobilisés pour accompagner ces réussites.

Le résultat est navrant. Pour gérer au mieux ces véritables petites entreprises et les « sécuriser », on a rajouté de la complexité à la complexité. Les SISA[1] sont si compliquées qu’elles rebutent déjà de nombreux volontaires. La mise en conformité des actuelles MSP est certes une mesure qui va favoriser l’emploi des juristes et autres experts-comptables mais elle rebute les professionnels de santé qui exercent bénévolement au sein des MSP.

Depuis peu, amère cerise sur le gâteau, pour bien faire comprendre aux professionnels que rien ne leur serai épargné, obligation leur est faire d’obtenir un numéro FINESS[2].

Comme, dans le même temps, la seule avancée en matière de rémunération de la coopération, que sont les NMR, va s’interrompre en 2013 sans que rien ne vienne les remplacer, la coupe est pleine.

Aujourd’hui, les seuls protocoles pluridisciplinaires qui parviennent au bout du chemin de croix ARS-HAS sont hospitaliers ou concernent des libéraux qui salarient d’autres professionnels. L’ambiance n’est pas au beau fixe.

Le silence unanime des représentants professionnels devant ces incohérences et avanies est assourdissant.

Les professionnels de santé de ville ont choisi cet exercice pour être au plus près des malades, organiser avec souplesse leur activité. Tous les sondages et études montrent que les professionnels installés quittent l’exercice et les jeunes s’en détournent en raison de contraintes administratives trop pesantes. Ajouter de nouvelles contraintes aux contraintes actuelles est la certitude de maintenir en l’état la crise démographique.

Et pourtant…

Ces avatars et freins présentés comme des aides ne changeront pas la dynamique à l’œuvre. Les professionnels de terrain continuent à inventer, innover, construire de nouveaux projets et sous une forme ou sous une autre, le  regroupement pluridisciplinaire devient la norme. Face aux déserts médicaux et au recul de l’accès aux soins, il existe aujourd’hui des réponses.

La dynamique professionnelle et les outils existants permettent de mettre sur pied sans délai  des associations territoriales de professionnels de santé, capables de mettre en œuvre des projets de santé élaborés par les professionnels sur la base de coopérations pluridisciplinaires novatrices et impliquantes.

Il ne reste pour les autorités qu’à élaborer des appels d’offres locaux à destination des équipes de soins coordonnés qui redonnent la priorité à l’essentiel : accès aux soins, prise en charge des maladies chroniques, maintien à domicile des personnes âgées et promotion de la santé publique.

Pas sûr que cela soit plus compliqué qu’un SISA tout en FINESS…


[1] Société interprofessoinnelle de soins ambulatoires, créé par la loi Fourcade en 2011.

[2] INSTRUCTION N° DGOS/PF3/DREES/DMSI/2012/135

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Les nouvelles frontières de la santé

Nile, l’agence de conseil en Affaires Publiques dirigée par Olivier Mariotte, m’a fait l’honneur de m’inviter à l’un de ses petits déjeuners du mercredi aux côtés de Charline Boissy (actuelle présidente de l’ISNAR-IMG), Jean-Michel Klein (président du SNORL) et Jean-Paul Ortiz (Président URPS médecins Languedoc-Roussillon).

Nous y avons été invité pour débattre des « Frontières aux métiers de demain ».

La complexité grandissante des profils de nos patients en même temps que celle des diagnostics et thérapeutiques imposent une prise en charge pluridisciplinaire. Sur le terrain, loin des peurs et des résistances catégorielles et syndicales, les 350 000 professionnels de santé sont en mouvement pour « réarticuler les compétences » comme l’appelle de ses voeux Charline Boissy. Ils travaillent à une meilleure prise en compte des spécificités territoriales en adéquation avec leurs propres besoins et attentes.

Bien sûr, il a été question hier des sujets de rémunération. La question du salariat d’une profession par une autre – comme l’envisagent certains médecins – doit être évacuée : il est inenvisageable pour les libéraux que nous sommes d’établir avec cet artifice une hiérarchie. La survie des soins de ville repose sur une solidarité de chacun des acteurs de santé.  La question des rémunérations mérite d’être posée pour des professionnels de santé dont les niveaux de rémunération varient de 1 à 10 (au moins) entre professions. La coordination peut prétendre à un financement de l’équipe de soins coordonnés indépendamment et de manière complémentaire aux rémunérations de chaque profession et professionnel.

Les Nouveaux modes de rémunération, qu’une centaine de maisons de santé pluridisciplinaires connaissent bien pour les expérimenter, ont représenté une avancée extraordinaire dans ce domaine. C’est un nouveau modèle économique, rémunération au forfait de la coordination pour l’ensemble des professionnels et non plus par professions.

Mais il convient de le conjuguer au passé puisque ce système est suspendu en 2013.

Retour à la case départ. A ceci près que les professionnels sont prêts à faire d’abord pour élaborer ensemble des nouvelles règles de fonctionnement en coopération et en bonne intelligence, ensuite – mais seulement ensuite – à concevoir les rémunérations adaptées qui devront mêler rémunération à l’acte et au forfait. Pour les professionnels de santé libéraux que nous sommes, compétents et volontaire, un tel objectif est parfaitement possible et à notre portée.

Bien sûr les nouvelles frontières ne manquent pas d’inquiéter les tenants du monde ancien, ceux qui souhaitent comme toujours, que rien ne change pour préserver des avantages acquis. Il a aussi  été question ce matin de risque de perte de qualité et de pouvoir. Là encore, c’est mal comprendre le sens de la coordination et de la coopération pluri-professionnelle qui se fonde sur un partage protocolé, décrit et évalué et qui garantit donc la sécurité du patient.

Les frontières entre nos exercices ne peuvent plus être déterminées par les contours du secret médical ou du privilège du médecin généraliste considéré par principe comme plus sachant que les autres professionnels de santé ambulatoires. Le patient demeure protégé par le respect du secret professionnel et la transparence avec lesquels les professionnels de santé réunis en équipe, tel que le souhaitent les jeunes professionnels, exerceront demain.

Penser la prise en charge en équipe c’est penser la complexité avec simplicité. Les expérimentations que nous menons sont à la hauteur du triple enjeu économique, démographique et social qui se présente à nous.

Nous en discuterons ensemble je l’espère le 13 juin prochain au Collège des Bernardins.

Pour vous inscrire, c’est ici : contact@soinscoordonnes.fr

 

 

 

 

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