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Remboursements différenciés – Nouvelle injure

Le terme de « remboursements différenciés » vient d’apparaître dans la presse. Bien entendu, ce terme n’est à ce jour compris que des initiés, c’est-à-dire avant tout des assureurs et financiers, à l’instar des termes « sélection du risque » ou « benchmarking ».

On comprend d’emblée que la même dynamique financière est à l’œuvre.

Au contraire de la Sécurité Sociale où chacun paye en fonction de ses revenus, il s’agit donc d’un processus de solidarité volontaire où chacun paye la même cotisation, quels que soient ses revenus. 80% de la population dispose d’une assurance santé et pense dès lors être remboursée en complément de la Sécurité Sociale le jour où elle est malade.

C’est sans compter la rapacité des financiers et assureurs, fussent-ils santé, jamais rassasiés, qui veulent des « remboursements différenciés » : si vous faites ce que l’assureur demande et notamment ce qui figure dans les petites lignes de votre contrat, vous êtes remboursé.

Dans le cas contraire, l’assureur différencie : moins de remboursement, pas de tiers payant, etc.

Les députés et sénateurs tentent donc  d’inscrire dans le Code de la Mutualité en un temps record, le « remboursement différencié ». Quel empressement quand on sait que la grande majorité des textes demande des mois ou des années pour être ne serait-ce qu’examinée.

Si les parlementaires réussissent ce hold-up, les malades se verront imposer les professionnels de santé à consulter. Bien sûr, chacun fait semblant que cela concerne les opticiens et les dentistes avant tout, mais le texte prévoit bien que soient concernés TOUS les professionnels et les établissements.

Se faire imposer un carrossier est une chose, son médecin en est une autre.

Se faire imposer aussi comment chacun sera soigné, ce que les assureurs avec  leurs agences de communication appellent « charte qualité », n’est QUE le moyen de justifier que l’on donne moins que ce qui est prévu dans les consensus ou les recommandations publiques valables pour tous.

Se faire imposer le lieu géographique car cette logique d’assureur et de financier implique une concentration qui fait partie des sources d’économies possibles est tout aussi impensable.

Remboursements différenciés et les soignants sommés de rentrer dans ces réseaux puis de baisser leurs actes, encore une petite économie, ceinture et bretelles ; économies qui là aussi vont dans la caisse des assureurs et financiers décidément insatiables.

Les malades veulent être soignés là où ils le souhaitent, considérant que chaque malade doit recevoir les soins correspondants à son état de santé indépendamment des décisions de l’assureur.

Les médecins et de manière générale, la grande majorité des soignants sont tout aussi heurtés par de telles dispositions qui impliquent d’interroger la mutuelle ou l’assureur sur ce qu’ils ont le droit de faire ou non pour leur patient compte tenu de son contrat.

Peut-on vraiment imaginer qu’un assureur dicte aux malades le choix de ses soins ?

Comment imaginer qu’avant de soigner un malade, le médecin vérifie ses droits ? Qu’en fonction du type de contrat signé, tel médicament ou telle autorisation soit au contraire nécessaire pour mettre en œuvre un traitement ou utiliser un médicament ? Qu’enfin un assureur, non soignant, faut-il le rappeler, délivre les conseils pour la suite de la prise en charge (pas de consultation avant tant de jours, si tel ou tel signe, telle action, etc.) ? Qu’un médecin apporte des soins différents à un malade puis à un autre, en fonction de sa complémentaire santé ?

Ces exemples ne sont pas outrés.

Inscrire « Remboursement différencié » dans la loi par une procédure expresse expose chaque député et sénateur à  devoir répondre aux malades lorsqu’ils auront compris la logique d’exclusion et d’inégalité qu’ils ont engagée.

Médecins, soignants, citoyens, nous continuerons à nous battre contre cette logique financière qui heurte notre éthique.

Il en va de l’accès aux soins pour tous partout et de notre indépendance professionnelle de soignant.

Enfin, un texte de loi de cette envergure et de cette portée nécessite un débat public et démocratique plutôt qu’une adoption expresse et indigne de notre pays et de ses représentants.

 

 

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