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Dépenses de santé : Qui doit faire des efforts pour sauver notre système solidaire ?

L’autre ! En matière de dépenses de santé,  l’autre est le bienvenu pour faire des efforts.

Et moi ? Il ne peut en être question.

  • L’Assurance Maladie vient une nouvelle fois de succomber à ce mal français.

Elle vient de publier son nouveau plan d’économie repris abondamment partout et par tout le monde.

Il est évidemment architecturé selon le même plan que tous les précédents : sauvons la solidarité, les malades doivent faire des efforts, les professionnels doivent faire des efforts, l’Assurance Maladie sera ainsi sauvée. CQFD.

Depuis 10 ans que les malades et les professionnels font des efforts, nous devrions y être. Apparemment, tout reste à faire. Si les anciennes recettes ne fonctionnent visiblement pas depuis toutes ces années pourquoi les répéter années après années ?

Les propositions de l’Assurance Maladie sont des vœux pieux qui jamais ne trouvent de matérialisation : développer la chirurgie ambulatoire, optimiser les achats, encadrer les prescriptions, etc.

  • Les mutuelles ne sont pas en reste et apprécient elles-aussi le jeu du « c’est l’autre qui doit agir ».

Dernière initiative en date : leur demande de la fin du remboursement à 15 % de certains médicaments au nom de l’accès aux soins. Il s’agit ni plus ni moins que de transférer le remboursement de ces médicaments vers les malades qui paient :

1. la sécu obligatoire (cotisations sociales et impôts),

2. leur complémentaire

3. le reste à charge de plus en plus souvent.

Ces mêmes mutuelles plaident avec conviction pour moins de paiement à l’acte et plus de forfaits dans la rémunération des généralistes. C’est d’autant plus à propos qu’elles ne remboursent que les actes mais ne donnent pas un cent sur les forfaits des médecins.

Pour faire bonne mesure,  les mutuelles revendiquent au nom de l’accès aux soins des réseaux fermés de professionnels pour conventionner individuellement les professionnels contre des baisses de prix. Idéal pour améliorer ses marges financières et rendre captif les malades.

Cédons nous aussi au jeu du « c’est l’autre qui doit faire des efforts », l’OCDE dans un rapport récent[1] vient de constater l’importance des « coûts administratifs » des assurances obligatoires et complémentaires, c’est-à-dire les frais de gestion. Ils sont extrêmement élevés : 7% contre une moyenne de 3% dans la zone OCDE. La France se trouve sur ce point à égalité avec les Etats-Unis. Cette différence de 4 points, rapportée à plus de 170 milliards d’euros de dépenses de santé, représente l’équivalent du déficit annuel de la Sécurité Sociale.

Il y a là un gisement d’économies qui devrait sans doute intéresser les parlementaires lors des débats sur le PLFSS qui seront l’occasion pour l’Assurance Maladie et les Mutuelles d’œuvrer pour obtenir des mesures qui frapperont les malades et les professionnels avant tout.

  • Tous les experts, les institutions, de la Cour des Comptes à l’IGAS savent pourtant que c’est la désorganisation des soins qui provoque l’explosion des coûts.

La France est vice-championne du monde des dépenses de santé, championne du monde des dépenses hospitalières. Comment est-il possible qu’on ne comprenne pas une fois pour toute que c’est la désorganisation des soins qui est responsable de cette explosion des coûts ?

Les redondances sont sans limite :

–          Jusqu’à quatre fois d’examens pour le même malade et la même situation dans notre pays par rapports aux pays voisins.  la France fait en moyenne chaque examen quatre fois.

–          Les informations de santé ne circulent pas : le DMP, dont l’acte de naissance date de 2004, censé être généralisé depuis 2007 compte à ce jour à peine 174 000 dossiers ouverts.

–          L’absence de protocoles de pratiques officiels impacte sur la pratique de chaque professionnel  qui n’a d’autre choix que de se protéger en multipliant les interventions et explorations.

Cerise sur le gâteau : l’Assurance Maladie elle-même participe de cette désorganisation des soins quand elle dépense pour Sophia davantage qu’elle ne consacre aux interventions des généralistes.

Revenons à Sophia : alors que les professionnels de santé de premier recours (médecins généralistes, infirmières, biologistes, pharmaciens, etc.) sont dépourvus des moyens de coopérer pour faire face à l’explosion des maladies chroniques, Sophia coûte 180 € par malade. Rappelons qu’une prise en charge équivalente quantitativement et oh combien plus satisfaisante qualitativement  par les généralistes revient à 96 € par malade.

138 402 personnes ont bénéficié de ce « service à distance ». Nous tenons donc là une économie potentielle de 24 912 360 euros en arrêtant ces plaisanteries, auxquelles il convient encore de défalquer les dépenses de communication.

Comment en est-on arrivé là ?

En dépit de ce constat partagé et malgré la concentration de tous les pouvoirs et la main sur les syndicats de médecins, l’Assurance Maladie n’a pas su ni voulu contribuer à une meilleure organisation des soins.

Au final, les déficits ont filé, le recul de l’accès aux soins est patent, l’organisation du déremboursement de la médecine de ville méthodique.

Cette impuissance a conduit la puissance publique à créer les ARS, outil logique de l’organisation des trois piliers : ville-hôpital-médico-social. Les espoirs étaient à leur comble en 2009.

Mais  l’histoire  bégaie : la même Assurance Maladie a privé les ARS de l’accès aux données de santé, de la gestion du risque et des moyens financiers d’agir.

Les professionnels pour leur part (www.soinscoordonnes.fr) revendiquent de pouvoir soigner les patients dans les meilleures conditions et de développer des coopérations pluriprofessionnelles notamment pour les prises en charge des maladies chroniques et des patients dépendants à domicile.

Donnons-leur enfin une chance.

 


[1] Systèmes de santé : efficacité et politiques, OCDE, 25 mars 2011

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En finir avec Sophia et donner aux professionnels les moyens de faire

Comme en atteste l’IGAS qui a mené une mission d’évaluation transversale de la politique de santé publique relative à la prise en charge de la première des maladies chroniques en France, le diabète compte 110 000 nouveaux malades par an, 500 000 personnes sont diabétiques sans le savoir et donc sans être traitée, 3 millions de personnes atteintes – soit bientôt 5% de la population – des résultats de santé pas brillants, des complications  toujours aussi nombreuses, une souffrance réelle et des attentes légitimes.

La même mission a mis en exergue que le coût de prise en charge du diabète progresse chaque année de plus un milliard d’euros tout en interrogeant la qualité de la prise en charge des malades à tous les niveaux. Cet état des lieux est révélateur de l’impuissance de notre système de soin à s’adapter à la prise en charge des maladies chroniques. Et à répondre à la souffrance des malades autrement que par la compassion

L’exercice isolé des professionnels de santé ambulatoires  sans personnel et sans moyens en même temps que les difficultés à sortir du paiement à l’acte et développer les coopérations pluri-professionnelles sont deux des raisons de l’état de délabrement de notre système à quoi se rajoutent les réponses apportées à ce dramatique état des lieux par l’Assurance Maladie.

Celle-ci a conçu un « service des maladies chroniques » dont le premier maillon est Sophia pour le suivi des diabétiques. La sagesse était convoquée d’emblée mais rien ne s’en éloigne davantage que cette décision de l’organisme en charge du risque et de la liquidation, de sortir de son rôle pour mettre un pied dans la prise en charge des malades.

Concrètement, les employés de l’Assurance Maladie appellent les malades repérés dans ses fichiers par leur consommation de médicaments antidiabétiques. Par téléphone, ces employés non soignants donnent des conseils aux malades relativement au suivi de leur maladie.

Le côté « pieds nickelés » du dispositif pourrait prêter à sourire s’il ne s’agissait de malades.

Le soin est une affaire de soignant.

Chacun comprend bien qu’il s’agit pour le directeur de l’Assurance Maladie de peser sur les négociations tarifaires et de montrer qu’il sait faire sans les soignants et pour bien moins cher. Choisissant seul les critères de recrutement et de suivi, les indicateurs d’évaluation et le décompte des coûts, la conclusion s’impose avec d’autant plus de facilité que l’Assurance Maladie-évaluateur peut directement féliciter l’Assurance Maladie-prestataire pour sa prestation de grande qualité.

Personne n’est dupe comme en atteste le récent avis de l’IGAS qui souligne la vacuité du dispositif. Pourtant, Sophia a encore de beaux jours devant elle et le « service des maladies chroniques » de l’Assurance maladie projette d’étendre ses activités de « soin sans soignants » vers l’insuffisance cardiaque et bientôt d’autres maladies.

Pour autant, les résultats affichés par Sophia servent de justificatif pour continuer de stigmatiser les professionnels et leur refuser les moyens de faire.

Car l’Assurance maladie a toutes les cartes en main, y compris celles de débloquer la situation en permettant le développement des coopérations pluriprofessionnelles, la sortie de la tyrannie du paiement à l’acte et la dotation des équipes de soins de ville ambulatoires en moyens pour éviter les hospitalisations inutiles. Tout cela coute au final moins cher que le dispendieux « service des maladies chroniques de l’Assurance maladie »

Est-il possible pour l’Assurance Maladie en charge de la gestion du risque et des tarifs des soins de mettre un terme à sa politique de désorganisation des soins?

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