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Dans le Généraliste, un dossier sur le financement des maisons de santé

A noter dans le Généraliste du 3 février 2017, un dossier mettant en avant la complexité du financement des maisons de santé , que cela concerne le financement des bâtiments, de la coordination, des aspects administratifs.

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Dépassements d’honoraires: mais où en est-on de notre politique de santé?

De quoi les dépassements sont-ils le nom ?

L’activité des médecins libéraux est structurée par le paiement à l’acte et le tarif de l’acte est l’alpha et l’oméga des rapports entre l’Assurance Maladie et les syndicats de médecins.

Parallèlement, le statut libéral des médecins vient percuter la réalité du financement solidaire de la sécurité sociale.

Redoutable ambiguïté que ce système bancal :

–          La Sécurité sociale et les pouvoirs publics considèrent que ce sont les impôts et cotisations sociales qui payent les médecins. La tendance est, de ce fait, de considérer les médecins comme des employés (sans code du travail ni conventions collectives pour faire valoir leurs droits) ;

–          Du côté des médecins – encouragés par leurs organisations professionnelles – la tendance est à se considérer comme des libéraux qui pratiquent un « art » et qui ne doivent de comptes qu’à leurs seuls patients avec lesquels ils construisent une relation autonome. Ils s’exonèrent par cette approche de toute législation et obligation qui ne leur convient pas tout en glissant d’une pratique libérale à libertaire.

L’incompréhension ne peut qu’être totale entre ces deux mondes que tout oppose et notamment du point de vue financier : la Sécurité sociale demande qu’on dépense moins, les médecins demandent plus de moyens.

A cette dualité libéral/solidarité, viennent s’ajouter les dépassements de tarifs. Exception française particulièrement frappante : dans les pays disposant de systèmes nationaux de santé (comme le Royaume-Uni et le Canada), les consultations et les actes médicaux sont gratuits au point d’entrée et les médecins ou établissements sont directement payés par l’Assurance maladie. Il n’y existe pas de marge de négociation entre médecin et patient. C’est la même chose en Allemagne pour les 85% de la population affiliés à l’assurance maladie publique. Dans les systèmes nationaux, lorsqu’il existe un secteur privé, les médecins sont libres de fixer leurs honoraires, mais les paiements doivent venir des patients ou de l’assurance privée.

Aborder le sujet des dépassements de tarifs, c’est d’abord rappeler qu’il s’agit d’une disposition légale, organisée par la sécurité sociale et qui s’est développée du fait de la prise en charge par les complémentaires santé.

Bien que légaux, les taux exubérant des dépassements de certains médecins spécialistes libéraux et hospitaliers ainsi que des refus de soins aux patients CMU dans certaines enquêtes, ont conduit à stigmatiser l’ensemble des médecins libéraux.

Pourtant, au-delà du questionnement sur l’accès aux soins régulièrement évoqué comme conséquence des dépassements de tarifs, d’autres points retiennent l’attention.

La répartition des moyens financiers entre spécialités médicales, dans le jargon, les négociations conventionnelles, réalisées pour l’essentiel sous l’égide du syndicat médical historique, aboutissent à doter ses propres mandants. Bien plus que les besoins sanitaires ou les priorités publiques, c’est le rapport de forces entre spécialités médicales qui prévaut pour cette répartition.

Au fil du temps, certaines spécialités, chirurgicales ou cliniques n’ont pu perdurer qu’en utilisant les dépassements de tarifs. Sans ces dépassements de nombreux actes du secteur chirurgical ne sont plus possibles.

Ce double mécanisme, attribution des moyens financiers de la solidarité aux spécialités les plus influentes et compensation par les dépassements de tarifs pour les perdants, a conduit à une situation inextricable et sans aucune lisibilité pour les patients qui n’ont pas leur mot à dire dans ce maquis tarifaires.

Cette confusion tarifaire interdit en outre de mener une réelle politique d’amélioration sanitaire : impossibilité de réguler le nombre de professionnels et absence de marge de manœuvre sur le volume des actes.

Cette approche par le prix unitaire de l’acte nie la réalité du contenu des actes et condamne toute approche « Qualité » des pratiques médicales. Cette confusion a encore été accentuée par la CCAM technique qui creuse elle aussi le fossé entre spécialités gagnantes et spécialités perdantes. Le « point travail » modulateur de la valeur des actes techniques en fonction des coûts spécifiques à chaque spécialité est un véritable holdup : les spécialités les plus influentes donc les mieux dotées  bénéficient de ce fait du point travail le plus élevé.

Au final, notre politique de santé n’est en rien dictée par les priorités sanitaires. Nous manquons d’une politique de revenus digne de ce nom, bien que rejetée par les organisations professionnelles, levier pourtant essentiel pour répondre au défi de la répartition démographique et de l’attractivité des professions délaissées parmi lesquelles, la médecine générale.

Sous couvert d’une gouvernance du secteur par les syndicats de médecins libéraux qui aboutit à attribuer les marges de manœuvre financières à ses amis, le secteur santé ambulatoire se caractérise surtout par une absence de gouvernance.

Les complémentaires santés ne s’y trompent pas, qui, à l’occasion du débat pour mieux prendre en charge les dépassements de tarifs et les plafonner, tentent de s’immiscer dans ce qui relève aujourd’hui du financement solidaire des tarifs et poussent dans le même temps une disposition législative pour conventionner individuellement les médecins libéraux.

Interroger la question des dépassements, c’est interroger toute l’architecture de notre système de santé.

Pour mener une politique sanitaire répondant aux besoins des malades, les pouvoirs publics doivent mettre fin au détricotage de la solidarité pour :

–          Organiser la démocratie sanitaire et la participation des représentants de patients aux discussions tarifaires ;

–          Engager une politique de revenus des professionnels en toute transparence ;

–          Valoriser les spécialités actuellement peu attractives ;

–          Promouvoir l’efficience et la pertinence des actes au-delà de leur prix unitaire.

Pour ne pas être dupe des claquements de portes et autres coups de théâtre qui se sont joués dans les locaux de l’Assurance Maladie ces dernières semaines, c’est un autre débat qui est attendu avec comme fil rouge les priorités sanitaires du pays et l’ambition de doter les professionnels de santé responsables des moyens nécessaire à l’accomplissement de missions clairement établies.

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Organiser enfin la permanence des soins pour éviter les hospitalisations

Le recours systématique à l’hospitalisation – y compris et surtout pour des situations de santé qui ne le nécessite pas – est-il une fatalité de notre pays ?

Le poids considérable des dépenses du secteur ainsi que le mot d’ordre unanimement partagé par les professionnels de santé aux patients de se rendre à l’hôpital en cas de problème semble tendre vers une réponse positive à cette question.

Cet état de fait est déploré par les personnels hospitaliers eux-mêmes, débordés par ce flux incessant dont les besoins et attentes ne correspondent que peu aux missions et aux moyens des hôpitaux.

Parce qu’ils se fondent sur :

–          la sécurité « au cas où » il y a tout sur place (soignants et appareils techniques),

–          la non avance de trésorerie,

–          l’ouverture et l’accès facilité,

les patients sont les premiers demandeurs de ce recours le plus fréquent possible à l’hôpital.

Par facilité, les autorités compétentes acceptent ce diktat du consommateur tout-puissant.

Le coût financier et humain de cette situation a beau être connu et décrit depuis des décennies par de multiples enquêtes ou rapports, nul ne veut s’exposer pour stopper cette spirale infernale.

La réforme non aboutie des ARS n’incite pas, il est vrai, à la prise de risque. En effet, la transversalité ville/hôpital incombe aux ARS mais l‘organisation de l’ambulatoire demeure aux mains de l’assurance-maladie, cloisonnée par professions, ce qui laisse les ARS dépourvue des moyens d’avancer.

Enrayer cette dégradation constante est non seulement nécessaire mais également possible.

La permanence des soins ambulatoire est un concept et un exemple parlant. De création récente au côté de l’aide médicale d’urgence, la « permanence des soins » s’est construite dans la dernière décennie.

De fait, aux côtés des accidents et situations de santé nombreuses qui nécessitent un recours sans délai aux soins appropriés, il coexiste des demandes de soins non urgents à l’heure de fermeture des cabinets (fièvre chez l’enfant, syndromes douloureux, etc..),  autant de situations qui justifient un avis médical mais en aucun cas un recours à l’hôpital.

Une partie des médecins généralistes porte des réponses organisées à ces demandes des patients.

D’autres ne se sentent pas responsables de ce qui peut arriver aux patients qu’ils soignent la journée lorsqu’ils sont absents. Les pouvoirs publics ont pris acte de cette évolution sociétale et ont décidé de remplacer l’ancestrale obligation par le volontariat.

Le volontariat est évidemment une notion respectable. Elle a ceci d’ambigu toutefois, qu’elle donne aux non-volontaires un rôle à jouer dans l’organisation de fait de la permanence des soins puisqu’ils engagent leurs patients à se rendre à l’hôpital.

Cette ambiguïté pervertit toute tentative d’organisation.

La régulation téléphonique

Toute demande de soin ne recouvre pas un besoin de santé. Pour autant chaque demande doit recevoir une réponse appropriée à l’état de santé de celui qui la formule. A charge pour les acteurs des soins ambulatoires d’organiser cette réponse : neuf fois sur dix le recours à l’hôpital par défaut sera évité.

Pour notre part, la prise en charge par la médecine générale s’organise. Il s’agit du recours à un numéro de téléphone dédié (en l’occurrence le 3966) dans des conditions optimales de sécurité (enregistrement des appels, réponse par des médecins généralistes en exercice, lien étroit avec l’AMU). Cette régulation téléphonique permet également de recourir en tant que de besoin aux médecins généralistes pour organiser le contact direct avec le patient quand il le faut.

Le nombre d’appels de patients progresse rapidement et les régulateurs remplacent de plus en plus souvent des actes de nuits ou de dimanches par des conseils téléphoniques adaptés à la situation des patients.

Si le temps de la régulation est payé, elle ne l’est pas à la même échelle que l’acte lui-même. C’est la contribution des médecins généralistes libéraux et volontaires au bon fonctionnement du système de santé par un moindre recours à l’hôpital.

La disparité des situations

Du côté des médecins de terrain, les situations locales sont contrastées. Entre un centre urbain ou coexistent des plateaux techniques nombreux et d’autres zones péri-urbaines ou rurales mal pourvues dépourvues de maillage de santé pertinent, aucune comparaison n’est possible.

De ce fait, il ne peut y avoir de modèle unique de Permanence des soins sur tout le territoire mais là ou des médecins  généralistes le souhaitent, le suivi des malades doit être possible et l’accès aux soins de proximité n’a en aucun cas vocation à rejoindre les enceintes hospitalières.

Nous savons que des évolutions sont sans cesse nécessaires. La reconfiguration des secteurs de garde, par exemple après minuit lorsque l’activité diminue, pour mieux adapter l’offre aux besoins de soins est déjà engagée dans certaines zones.

Cette re-sectorisation est à la main des ARS qui, pour une fois, sont en mesure d’agir. Cette négociation locale s’entend à enveloppe constante. C’est une révolution tant l’habitude est prise de réduire sans cesse l’enveloppe des moyens des médecins généralistes et des acteurs des soins primaires.

Assurer les réponses aux appels par la régulation téléphonique ou par un médecin de terrain lorsque l’état de santé du malade le nécessite permet de mettre un terme au  discours de renoncement du « allez à l’hôpital pour tout ».

Des équipes de permanence

Au-delà, d’autres évolutions finiront par s’imposer : la nuit ou le week-end, les médecins généralistes doivent aussi pouvoir compter sur les autres professionnels libéraux, tels que les pharmaciens et les infirmières. Cela nécessite une meilleure organisation, plus respectueuse des professionnels de chaque secteur dont l’implication doit être mieux reconnue.

Vers la continuité

L’évolution logique est le passage de la permanence des soins vers la continuité des soins avec des prises en charge pluridisciplinaires. Les médecins généralistes, pharmaciens et infirmières sont trois acteurs essentiels des tranches horaires de nuit et de week-ends. Ils ont une activité intense au service des patients aujourd’hui invisible aux côtés du vaisseau hôpital et ses lumières.

Demain, organisés en équipes de soins coordonnés, l’un de ses membres pourra assurer la prise en charge du patient selon les protocoles établis ensemble et assurera le retour d’information vers les autres acteurs. Cette organisation souple au service des malades et respectueuse des professionnels est à notre portée. Partout des professionnels souhaitent s’engager dans ces nouvelles organisations et assumer en toute transparence des responsabilités élargies.

Sortons des discours lénifiants sur les difficultés d’accès aux soins et la progression des déserts médicaux. Parions sur l’enthousiasme et l’envie de faire des professionnels de terrain, donnons aux ARS les moyens d’ouvrir des appels d’offres pour ces équipes locales de professionnels avec un cahier des charges et des engagements réciproques adaptés à chaque territoire.

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Tout en FINESS

Les malades, futurs malades et professionnels de santé ont tous d’abord et avant tout besoin d’une organisation des soins.

On le sait depuis longtemps.

On s’y essaie depuis toujours.

Et on bute sur trois écueils auxquels il est pourtant possible d’apporter des réponses simples et efficaces :

1°) L’activité de soins est détournée vers l’hôpital. Toutes choses égales par ailleurs, nous hospitalisons 70% de malades de plus qu’ailleurs. La gradation des soins et l’appropriation du concept de premier recours avec ses implications en terme de parcours de santé structuré en ville sont les deux premières réponses.

2°) L’absence de moyens en ville n’a pas permis de faire face aux missions qui sont les nôtres et qu’on pourrait résumer en un « répondre aux demandes de soins non urgentes à toute heure et en tout lieu ». Nous comptons 3,4 médecins pour 1000 habitants mais seulement 2.5 infirmières (pardon pour la virgule) par médecin. Miser sur les coopérations pluri-disciplinaires, approfondir les nouveaux modes de rémunération, mixer les rémunérations à l’acte au forfait et à la capitation sont autant de propositions évidentes pour se sortir de l’ornière.

3°) Nous nous sommes laissé attirer par le chant des sirènes du salariat. Cette organisation est présentée partout et de plus en plus comme la solution à tous nos problèmes. Entre acteurs libéraux pourtant, aucune profession ne peut en salarier une autre : nous sommes tous les professionnels de santé responsables. Organiser les prises en charge doit passer par les coopérations pluridisciplinaires. Depuis que l’évolution des règles le permet, nous pouvons construire une prise en charge des patients en équipe de soins, fondée sur l’échange et la valorisation des compétences acquises ou susceptibles de l’être et la reconnaissance du statut d’acteur de santé à l’ensemble de ses membres.

De fait, l’aspiration des professionnels de santé de ville à se rapprocher est ancienne.

Plusieurs tentatives se sont succédées contournant les trois écueils que nous venons d’évoquer

a)  Les centres de santé salariés soutenus par des municipalités ou des mutuelles ont pu pallier l’absence de logistique en ville grâce notamment à l’adjonction de personnel d’accueil, de gestion, etc. Insuffisamment pourvoyeur de ressources en provenance des activités de soins, ces centres déficitaires sont voués à partager le sort des modèles économiques défaillants.

b)  Le prototype de Saint-Nazaire CSI (centre de santé intégré où les patients étaient particulièrement impliqués) s’est heurté au corporatisme médical et n’a pu le dépasser.

c)   Les cabinets de groupe de médecins portés d’abord par le SNJMG sont devenus la norme d’exercice. Ils restent le plus souvent limités à un partage des locaux sans projet de santé ambitieux ni coopération pluridisciplinaire aboutie.

Les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) tirent leur force de leur origine : l’envie des professionnels de travailler ensemble autrement. Cela a permis de bouger les lignes et de mettre fin aux archaïsmes comme par l’interdiction initialement faite aux professionnels de santé de partager leurs locaux (art.68 du code de déontologie des médecins, ancien art. R.4127-68 du code de la santé publique)

Ce nouveau modèle d’exercice convient à environ 20% des professionnels de santé pour lesquels il permet la satisfaction conjointe de leurs envies et des besoins locaux.

Et la souris a accouché d’un éléphant

Dans tous les cas, à mesure qu’elles fleurissaient, des syndicats, fédérations et technocrates se sont mobilisés pour accompagner ces réussites.

Le résultat est navrant. Pour gérer au mieux ces véritables petites entreprises et les « sécuriser », on a rajouté de la complexité à la complexité. Les SISA[1] sont si compliquées qu’elles rebutent déjà de nombreux volontaires. La mise en conformité des actuelles MSP est certes une mesure qui va favoriser l’emploi des juristes et autres experts-comptables mais elle rebute les professionnels de santé qui exercent bénévolement au sein des MSP.

Depuis peu, amère cerise sur le gâteau, pour bien faire comprendre aux professionnels que rien ne leur serai épargné, obligation leur est faire d’obtenir un numéro FINESS[2].

Comme, dans le même temps, la seule avancée en matière de rémunération de la coopération, que sont les NMR, va s’interrompre en 2013 sans que rien ne vienne les remplacer, la coupe est pleine.

Aujourd’hui, les seuls protocoles pluridisciplinaires qui parviennent au bout du chemin de croix ARS-HAS sont hospitaliers ou concernent des libéraux qui salarient d’autres professionnels. L’ambiance n’est pas au beau fixe.

Le silence unanime des représentants professionnels devant ces incohérences et avanies est assourdissant.

Les professionnels de santé de ville ont choisi cet exercice pour être au plus près des malades, organiser avec souplesse leur activité. Tous les sondages et études montrent que les professionnels installés quittent l’exercice et les jeunes s’en détournent en raison de contraintes administratives trop pesantes. Ajouter de nouvelles contraintes aux contraintes actuelles est la certitude de maintenir en l’état la crise démographique.

Et pourtant…

Ces avatars et freins présentés comme des aides ne changeront pas la dynamique à l’œuvre. Les professionnels de terrain continuent à inventer, innover, construire de nouveaux projets et sous une forme ou sous une autre, le  regroupement pluridisciplinaire devient la norme. Face aux déserts médicaux et au recul de l’accès aux soins, il existe aujourd’hui des réponses.

La dynamique professionnelle et les outils existants permettent de mettre sur pied sans délai  des associations territoriales de professionnels de santé, capables de mettre en œuvre des projets de santé élaborés par les professionnels sur la base de coopérations pluridisciplinaires novatrices et impliquantes.

Il ne reste pour les autorités qu’à élaborer des appels d’offres locaux à destination des équipes de soins coordonnés qui redonnent la priorité à l’essentiel : accès aux soins, prise en charge des maladies chroniques, maintien à domicile des personnes âgées et promotion de la santé publique.

Pas sûr que cela soit plus compliqué qu’un SISA tout en FINESS…


[1] Société interprofessoinnelle de soins ambulatoires, créé par la loi Fourcade en 2011.

[2] INSTRUCTION N° DGOS/PF3/DREES/DMSI/2012/135

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Les nouvelles frontières de la santé

Nile, l’agence de conseil en Affaires Publiques dirigée par Olivier Mariotte, m’a fait l’honneur de m’inviter à l’un de ses petits déjeuners du mercredi aux côtés de Charline Boissy (actuelle présidente de l’ISNAR-IMG), Jean-Michel Klein (président du SNORL) et Jean-Paul Ortiz (Président URPS médecins Languedoc-Roussillon).

Nous y avons été invité pour débattre des « Frontières aux métiers de demain ».

La complexité grandissante des profils de nos patients en même temps que celle des diagnostics et thérapeutiques imposent une prise en charge pluridisciplinaire. Sur le terrain, loin des peurs et des résistances catégorielles et syndicales, les 350 000 professionnels de santé sont en mouvement pour « réarticuler les compétences » comme l’appelle de ses voeux Charline Boissy. Ils travaillent à une meilleure prise en compte des spécificités territoriales en adéquation avec leurs propres besoins et attentes.

Bien sûr, il a été question hier des sujets de rémunération. La question du salariat d’une profession par une autre – comme l’envisagent certains médecins – doit être évacuée : il est inenvisageable pour les libéraux que nous sommes d’établir avec cet artifice une hiérarchie. La survie des soins de ville repose sur une solidarité de chacun des acteurs de santé.  La question des rémunérations mérite d’être posée pour des professionnels de santé dont les niveaux de rémunération varient de 1 à 10 (au moins) entre professions. La coordination peut prétendre à un financement de l’équipe de soins coordonnés indépendamment et de manière complémentaire aux rémunérations de chaque profession et professionnel.

Les Nouveaux modes de rémunération, qu’une centaine de maisons de santé pluridisciplinaires connaissent bien pour les expérimenter, ont représenté une avancée extraordinaire dans ce domaine. C’est un nouveau modèle économique, rémunération au forfait de la coordination pour l’ensemble des professionnels et non plus par professions.

Mais il convient de le conjuguer au passé puisque ce système est suspendu en 2013.

Retour à la case départ. A ceci près que les professionnels sont prêts à faire d’abord pour élaborer ensemble des nouvelles règles de fonctionnement en coopération et en bonne intelligence, ensuite – mais seulement ensuite – à concevoir les rémunérations adaptées qui devront mêler rémunération à l’acte et au forfait. Pour les professionnels de santé libéraux que nous sommes, compétents et volontaire, un tel objectif est parfaitement possible et à notre portée.

Bien sûr les nouvelles frontières ne manquent pas d’inquiéter les tenants du monde ancien, ceux qui souhaitent comme toujours, que rien ne change pour préserver des avantages acquis. Il a aussi  été question ce matin de risque de perte de qualité et de pouvoir. Là encore, c’est mal comprendre le sens de la coordination et de la coopération pluri-professionnelle qui se fonde sur un partage protocolé, décrit et évalué et qui garantit donc la sécurité du patient.

Les frontières entre nos exercices ne peuvent plus être déterminées par les contours du secret médical ou du privilège du médecin généraliste considéré par principe comme plus sachant que les autres professionnels de santé ambulatoires. Le patient demeure protégé par le respect du secret professionnel et la transparence avec lesquels les professionnels de santé réunis en équipe, tel que le souhaitent les jeunes professionnels, exerceront demain.

Penser la prise en charge en équipe c’est penser la complexité avec simplicité. Les expérimentations que nous menons sont à la hauteur du triple enjeu économique, démographique et social qui se présente à nous.

Nous en discuterons ensemble je l’espère le 13 juin prochain au Collège des Bernardins.

Pour vous inscrire, c’est ici : contact@soinscoordonnes.fr

 

 

 

 

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Nous sommes tous des biologistes

Tous acteurs de santé au sein des équipes de soins coordonnés

Les attaques auxquelles sont confrontés les laboratoires de biologie jour après jour sont de plus en plus violentes et dangereuses pour eux bien sûr mais également pour notre système de santé. Chaque jour plusieurs laboratoires tombent aux mains des financiers et l’accès aux soins se réduit en même temps que la biologie de proximité son champ de prérogative et d’actions.

Les grands groupes financiers avalent avec voracité le plus grand nombre de laboratoires indépendants possible dans une véritable course contre la montre. Un tiers des laboratoires de proximité vient ainsi de disparaître.

Pour les acquéreurs, la santé est avant tout un marché auquel il est possible de s’attaquer morceau par morceau. Cette logique était au cœur de la loi Fourcade[1] qui entendait livrer les professionnels et les établissements aux appétits des assureurs santé. Ce sont les mêmes logiques à l’œuvre. La mobilisation de milliers de professionnels autour de la pétition de « Soins coordonnés » a permis de retarder le pire.

Face à eux, les malades et leurs familles bataillent avec les professionnels de santé pour lesquels la santé est respectivement un espoir et une raison de vivre.

De même que pour l’article 22 de la loi Fourcade qui entendait soumettre les professionnels de santé aux assureurs santé, lorsque la biologie de proximité est mise à mal, les professionnels de santé savent leurs sorts liés de façon inextricable.

Il existe en effet plusieurs moyens de lutter, comme toujours et dans tous les combats. Déplorer la trop grande activité des hôpitaux et le coût qu’elle entraîne, ne suffit pas. Diabète, hypertension artérielle, maladies bronchiques : ces pathologies chroniques représentent près de 70% des dépenses de santé et doivent nécessairement être pris en charge en médecine de ville  dans les meilleures conditions pour les patients.

La coordination des soins est un moyen de tout premier ordre. Les équipes de soins de ville que nous soutenons[2] en sont l’aboutissement sans doute perfectible mais extrêmement enthousiasmant à tous points de vue.

Hors établissements de santé, l’activité des soignants est longtemps restée marquée par l’individualisme et l’isolement.

La complexité des soins dispensés en ville et les aspirations des professionnels les plus dynamiques ainsi que les attentes des plus jeunes viennent remettre en question cet antique fonctionnement isolé. D’autant que, la situation à laquelle sont confrontés les laboratoires de biologie de proximité le prouve, aujourd’hui, si chacun s’obstine à travailler de manière autonome, le plus grand nombre finira par disparaître.

Suivant l’aspiration des professionnels à exercer de manière coordonnée, il est possible de construire d’autres prises en charge des malades en construisant des équipes de soins de ville.

En leur sein, chaque professionnel de santé – médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, opticiens, sages-femmes, podologues, ergothérapeutes, biologistes, dentistes,  psychologues, diététiciens – participe de l’équilibre nouveau qui naît de leur coopération. Ces acteurs volontaires s’engagent dans une démarche de coopération pluri-professionnelle aux contours divers, empreinte de la volonté de protéger l’accès aux soins de qualité.

Chaque professionnel, acteur de santé à part entière, concoure à la prise en charge des patients au plus près du juste soin.

L’équipe de soins de ville devient le lieu pluridisciplinaire de l’accès aux soins et des prises en charge complexes. Elle a besoin de chacun de ses acteurs dont les apports doivent être reconnus au premier rang desquels les biologistes de proximité.

Car dans le cadre de cette approche moderne, chacun apporte ses compétences, son esprit d’initiative et sa responsabilité au-delà des représentations anciennes.

Le biologiste ne peut être cantonné à ses tubes de prélèvements.  Faire au mieux les analyses, c’est évidemment le minimum garanti par le développement de démarches qualité de haut niveau mises en œuvre par les biologistes. Mais en tant que professionnel de santé, il s’agit évidemment de   mobiliser davantage de compétences au service des patients. La médicalisation des ordonnances de biologie est une mesure simple qui permet rapidement au binôme  biologiste/médecin généraliste d’apporter efficience et juste soin.

Mobiliser les compétences  de nos collègues biologistes, reconnaître leur apport essentiel pour les malades au-delà des résultats de chaque analyse, mettre en place une véritable coopération au service du patient peut donner aux interventions des autres professionnels de premier recours et notamment des médecins généralistes davantage d’efficience.

Médicaliser les ordonnances est une mesure simple, applicable de suite.

L’équipe de soins de ville est un tout au service des patients où chacun apporte sa compétence, son enthousiasme son sens des responsabilités. Les professionnels de santé de ville sont favorables au développement de ces coopérations pluri-professionnelles. Elles sont essentielles pour rééquilibrer l’activité de soins dans notre pays de l’hôpital vers la médecine de ville.

Loin de réduire le soin à une prestation de services, loin de l’industrialisation présentée comme inéluctable et de son corollaire la financiarisation de nos activités, les aspirations des professionnels à devenir des acteurs de santé à part entière au sein d’équipes de soin coordonnés  constituent un gage d’avenir et d’indépendance professionnelle au service des malades.

 


[1] LOI n° 2011-940 du 10 août 2011 modifiant certaines dispositions de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires

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La santé à la croisée des chemins

Le débat est figé entre déficits financiers abyssaux et revendications financières incessantes notamment de professionnels d’une part, aspirations légitimes à lutter contre déserts médicaux – dépassements d’honoraires et aspiration à ne rien changer au fonctionnement actuel en matière d’installation et de rémunérations via les honoraires libres d’autre part.

Les propositions les plus folles sont exprimées aujourd’hui :

– Augmenter les enveloppes dévolues à l’hôpital qui est déjà le plus cher du monde

– Vénérer le dogme libéral des honoraires libres et de la liberté d’installation.

– Salarier les médecins généralistes puis tous les autres professionnels de santé

Si l’on y rajoute l’absence de réaction des candidats à la présidentielle contre les récentes décisions de la convention médicale qui entérinent les dépassements de tarifs et les larmes de crocodiles versées sur l’accès et la qualité des soins, force est de constater la victoire des intérêts particuliers et de la déstructuration de tout le système.

Comment comprendre l’étranglement systématique des médecins généralistes, celui dont la fonction première est la régulation ? La survie de la médecine de ville est autant l’intérêt de la population pour conserver des soins de proximité que celui des professionnels de santé ambulatoire pour enrayer le déremboursement des soins de ville.

Comment comprendre la cession aux groupes financiers de la biologie de ville, de la kinésithérapie de ville aux centres de rééducation fonctionnelle, de l’optique aux sites internet du bout du monde, et au salariat coûteux l’activité de tous ?

Ces postures passéistes conduisent à la faillite. Faillite financière du toujours plus de dépenses, faillite de l’accès aux soins avec la progression des déserts et des dépassements, faillite de l’intelligence avec le déremboursement de la médecine de ville et l’annonce de mesures coercitives à l’encontre des professionnels.

Pourtant, la crise interdit les postures et intérêts particuliers. Le bateau coule et il est aussi vain d’écouter religieusement l’orchestre interpréter les airs d’un passé révolu que de se remplir avidement les poches à la table du voisin dans la salle d’apparat où brillent les dorures.

La balle est avant tout dans le camp des professionnels de santé de ville. Avec la gradation des soins et la dévolution du premier recours aux professionnels de ville, le cadre législatif est disponible.

Dans chaque quartier, chaque canton, les professionnels ont leur avenir en main.

La population et les pouvoirs publics attendent des propositions adaptées au tissu et aux attentes locales. L’enjeu du territoire bouleverse les postures. La mobilisation des acteurs de terrain secteur par secteur répond au plus près aux besoins des malades et mobilise les compétences des professionnels de santé de ville.

Chaque professionnel soucieux de la situation de ses patients et de sa propre situation à moyen terme ne peut qu’être désireux de construire des voies nouvelles et de s’y engager.

Construisons des équipes de soins coordonnés à même de prendre en charge les patients y compris dans les zones identifiées comme désertiques. Cette révolution qui voit les soins de ville passer d’acteurs libéraux et farouchement individuels soutenus par des organisations attachés au statu quo ante vers des entrepreneurs modernes coopérant en équipes de soin coordonné dans le respect des compétences et de l’indépendance de chaque profession est en marche.

Dans ce cadre souple, les professionnels de santé sont acteurs de santé au-delà de leur activité propre, membres d’une équipe fonctionnelle et porteurs du message partagé auprès des patients, seule façon de les soigner avec justesse et efficience.

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