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Nous sommes tous des biologistes

Tous acteurs de santé au sein des équipes de soins coordonnés

Les attaques auxquelles sont confrontés les laboratoires de biologie jour après jour sont de plus en plus violentes et dangereuses pour eux bien sûr mais également pour notre système de santé. Chaque jour plusieurs laboratoires tombent aux mains des financiers et l’accès aux soins se réduit en même temps que la biologie de proximité son champ de prérogative et d’actions.

Les grands groupes financiers avalent avec voracité le plus grand nombre de laboratoires indépendants possible dans une véritable course contre la montre. Un tiers des laboratoires de proximité vient ainsi de disparaître.

Pour les acquéreurs, la santé est avant tout un marché auquel il est possible de s’attaquer morceau par morceau. Cette logique était au cœur de la loi Fourcade[1] qui entendait livrer les professionnels et les établissements aux appétits des assureurs santé. Ce sont les mêmes logiques à l’œuvre. La mobilisation de milliers de professionnels autour de la pétition de « Soins coordonnés » a permis de retarder le pire.

Face à eux, les malades et leurs familles bataillent avec les professionnels de santé pour lesquels la santé est respectivement un espoir et une raison de vivre.

De même que pour l’article 22 de la loi Fourcade qui entendait soumettre les professionnels de santé aux assureurs santé, lorsque la biologie de proximité est mise à mal, les professionnels de santé savent leurs sorts liés de façon inextricable.

Il existe en effet plusieurs moyens de lutter, comme toujours et dans tous les combats. Déplorer la trop grande activité des hôpitaux et le coût qu’elle entraîne, ne suffit pas. Diabète, hypertension artérielle, maladies bronchiques : ces pathologies chroniques représentent près de 70% des dépenses de santé et doivent nécessairement être pris en charge en médecine de ville  dans les meilleures conditions pour les patients.

La coordination des soins est un moyen de tout premier ordre. Les équipes de soins de ville que nous soutenons[2] en sont l’aboutissement sans doute perfectible mais extrêmement enthousiasmant à tous points de vue.

Hors établissements de santé, l’activité des soignants est longtemps restée marquée par l’individualisme et l’isolement.

La complexité des soins dispensés en ville et les aspirations des professionnels les plus dynamiques ainsi que les attentes des plus jeunes viennent remettre en question cet antique fonctionnement isolé. D’autant que, la situation à laquelle sont confrontés les laboratoires de biologie de proximité le prouve, aujourd’hui, si chacun s’obstine à travailler de manière autonome, le plus grand nombre finira par disparaître.

Suivant l’aspiration des professionnels à exercer de manière coordonnée, il est possible de construire d’autres prises en charge des malades en construisant des équipes de soins de ville.

En leur sein, chaque professionnel de santé – médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, opticiens, sages-femmes, podologues, ergothérapeutes, biologistes, dentistes,  psychologues, diététiciens – participe de l’équilibre nouveau qui naît de leur coopération. Ces acteurs volontaires s’engagent dans une démarche de coopération pluri-professionnelle aux contours divers, empreinte de la volonté de protéger l’accès aux soins de qualité.

Chaque professionnel, acteur de santé à part entière, concoure à la prise en charge des patients au plus près du juste soin.

L’équipe de soins de ville devient le lieu pluridisciplinaire de l’accès aux soins et des prises en charge complexes. Elle a besoin de chacun de ses acteurs dont les apports doivent être reconnus au premier rang desquels les biologistes de proximité.

Car dans le cadre de cette approche moderne, chacun apporte ses compétences, son esprit d’initiative et sa responsabilité au-delà des représentations anciennes.

Le biologiste ne peut être cantonné à ses tubes de prélèvements.  Faire au mieux les analyses, c’est évidemment le minimum garanti par le développement de démarches qualité de haut niveau mises en œuvre par les biologistes. Mais en tant que professionnel de santé, il s’agit évidemment de   mobiliser davantage de compétences au service des patients. La médicalisation des ordonnances de biologie est une mesure simple qui permet rapidement au binôme  biologiste/médecin généraliste d’apporter efficience et juste soin.

Mobiliser les compétences  de nos collègues biologistes, reconnaître leur apport essentiel pour les malades au-delà des résultats de chaque analyse, mettre en place une véritable coopération au service du patient peut donner aux interventions des autres professionnels de premier recours et notamment des médecins généralistes davantage d’efficience.

Médicaliser les ordonnances est une mesure simple, applicable de suite.

L’équipe de soins de ville est un tout au service des patients où chacun apporte sa compétence, son enthousiasme son sens des responsabilités. Les professionnels de santé de ville sont favorables au développement de ces coopérations pluri-professionnelles. Elles sont essentielles pour rééquilibrer l’activité de soins dans notre pays de l’hôpital vers la médecine de ville.

Loin de réduire le soin à une prestation de services, loin de l’industrialisation présentée comme inéluctable et de son corollaire la financiarisation de nos activités, les aspirations des professionnels à devenir des acteurs de santé à part entière au sein d’équipes de soin coordonnés  constituent un gage d’avenir et d’indépendance professionnelle au service des malades.

 


[1] LOI n° 2011-940 du 10 août 2011 modifiant certaines dispositions de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires

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