Archives de Catégorie: Médecins Généralistes

Autisme : repérer au quotidien

Les troubles du spectre de l’autisme, TSA,  concernent environ 1 personne sur 150. La proportion filles/garçons est de l’ordre de 3 à 4 garçons pour 1 fille. L’accroissement des chiffres de prévalence (la fréquence à laquelle un trouble apparaît) peut être imputé à l’évolution des critères diagnostiques au fil des temps, permettant un diagnostic plus précoce et plus précis.

La prise en charge de ce trouble dépend de la précocité de son dépistage. Dépister l’autisme chez l’enfant est essentiel pour la prise en charge. Idéalement, il faudrait détecter ces troubles avant 18 mois. Cependant le diagnostic est posé plus tard, le plus souvent vers 6 ans.

Le médecin généraliste est au cœur du suivi des bébés et des petits enfants. Au fil de ses contacts, son écoute, ses interrogatoires et ses examen  s’intéressent au développement neurologique de l’enfant et à sa capacité de communication.

Il est difficile de reconnaître les premiers signes de l’autisme. Il n’existe pas une mais plusieurs maladies, en fonction de la gravité (le syndrome d’Asperger étant la forme la moins handicapante).

Quelle que soit l’atteinte, on peut distinguer trois types de problèmes :

  •  Des troubles de la communication : le langage est embrouillé. Souvent, l’autiste répète en écho ce qu’il entend. De plus, les codes de la communication non verbale (gestes regard…) sont mal maîtrisés.
  •  Des troubles du comportement : l’autiste répète régulièrement les mêmes mouvements. Il pratique constamment la même activité avec les mêmes objets et manque d’intérêt pour d’autres loisirs.
  • Des troubles des relations sociales : l’autiste ne participe pas aux activités de groupe spontanément. Il est indifférent aux autres.

Pour le professionnel de santé, le problème réside dans le fait que les premiers signes de l’autisme se déclarent lentement au cours de la première année de vie. Il faut être en mesure de repérer un ensemble de symptômes pour pouvoir évoquer le diagnostic.

Quelques signaux peuvent alerter les parents :

  • Aucun babillage ou gestes pour communiquer avant un an ;
  • Aucun mot avant l’âge de 18 mois ;
  • Aucune phrase de deux mots de manière spontanée avant deux ans ;
  • Une perte soudaine de capacités de langage ou une désocialisation brutale.

D’autres indices plus discrets peuvent également être évocateurs : peu de sourires en réponse à ceux qu’on lui fait, pratiquement pas de réponse au prénom… L’écoute des parents fait partie intégrante du suivi des bébés. Bien souvent, les parents sont les premiers à remarquer un trouble même mineur.

L’interrogatoire et l’examen, s’ils demandent un peu de temps et d’attention permettent aux médecins généralistes de suivre les acquisitions du bébé et du petit enfant. 8 sur 10 des examens sont réalisés par des généralistes et ces consultations régulières ne se limitent pas aux mesures biométriques et au suivi de l’alimentation.

L’identification de petits troubles de la communication, ne veut pas dire que l’enfant est autiste. Simplement, en ce cas, il convient d’envisager de consulter un professionnel de santé à même de dépister un trouble éventuel. Ce peut-être un autre problème que l’autisme, qui peut se traduire par des symptômes similaires : trouble du langage, problèmes psychologiques et autres.

Un suivi attentif au long cours n’aboutit pas à des diagnostics mais permet de repérer des troubles frustres et non-spécifiques et conduire à des interventions pluridisciplinaires qui rassureront les parents ou bien aboutiront aux diagnostics et permettront une prise en charge précoce.

Se former au dépistage des TSA, intégrer la recherche des signes de TSA à l’exercice quotidien, sont des enjeux professionnels majeurs pour les médecins généralistes qui assurent le suivi au quotidien des bébés et des petits enfants.

Nous le devons aux enfants et à leurs parents pour améliorer le dépistage et mettre en œuvre la  prise en charge adaptée le plus tôt possible.

Cela permet aussi d’améliorer qualitativement la pratique des médecins généralistes et de développer des coopérations pluridisciplinaires, qui constituent les deux axes des réformes à venir du système de santé.

 

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Martial Olivier-Koehret, président de Soins Coordonnés, invité de Check Up Santé sur BFM TV ce week-end

Invité par Fabien Guez, l’animateur de BFM TV, RMC et BFM TV Business, Martial Olivier-Koehret, président de Soins Coordonnés, interviendra sur le nouveau paradigme du système de soins en compagnie de Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, et de Lucas Vanryb, fondateur de Kineqantum.

Pour le voir ou l’écouter, rendez-vous

Samedi 25/02:  11h30-12h00/ 18h30-19h

ou

Dimanche 26/02: 06h30-7h00 / 16h30-17h/  23h30-23h59

  • sur vos télévisions ou vos radios (BFMTV ou RMC) :

 

Vous pourrez également retrouver le replay de l’émission en cliquant ici
Plus d’infos sur Check Up Santé

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Troubles du spectre de l’autisme : suivre une famille, en tant que médecin généraliste

Suivre une famille, s’assurer consultation après consultation qu’un bébé puis un petit enfant se développe harmonieusement d’un point de vue neurologique et psychique, être à l’écoute des inquiétudes des parents sont au cœur de mon activité de médecin généraliste.

Il s’agit notamment de faire la part des choses entre les inquiétudes sans fondement de tout parent quant à son enfant et les signes d’alerte qu’ils sont le plus souvent les premiers à ressentir.

Même – et surtout- quand ils sont minimes ces signes d’alerte doivent être pris en compte par le médecin. Bien que cela demande un peu de temps et beaucoup d’écoute, c’est notre rôle.

En particulier, c’est au cours de cette période de développement que peuvent commencer à se manifester des troubles comme les TSA, troubles du spectre de l’autisme : une inquiétude récurrente des parents.

Repérer ces troubles et leurs évolutions dans le temps est mon quotidien. D’autant plus que le médecin est dépositaire de la confiance des parents et a l’occasion de consulter régulièrement les bébés et les petits enfants.

Lorsqu’un trouble est repéré, il faut à la fois accompagner les parents, annoncer objectivement et avec empathie la nécessité d’explorer la situation, réaliser des examens, demander des avis. L’équilibre est difficile car, dans le même temps, il ne faut pas céder à l’envie de rassurer ou de préserver les parents (et soi-même) d’un diagnostic difficile. Il ne faut pas, non plus, s’engager dans une spirale d’avis ou d’examens qui –quel que soit le résultat- marqueront à jamais une famille.

Ces familles sont en demande d’accompagnement, de disponibilité et d’écoute. Même si je n’ai pas réponse à tout, encore faut-il leur fournir l’espace pour que toutes leurs questions puissent s’exprimer et que je puisse, de mon côté, assumer et expliquer mon absence de réponse.

Alors que l’accompagnement dans les TSA est de longue durée, avec des séquences plus acceptables pour certaines, difficiles pour d’autres, ma mission de médecin généraliste est d’être là en tant que de besoin, de combiner disponibilité et proximité. Il s’agit aussi de faire appel à mon réseau de correspondants, d’établissements et aussi de démarches à conseiller.

Médecin généraliste, je suis l’acteur essentiel du parcours de soin de chaque malade qu’il s’agisse de donner des soins, ou de mobiliser d’autres intervenants au bon moment.

 

Martial Olivier-Koehret

17 février 2017

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#Vaincre les déserts médicaux : interview par la FHP-MCO

Cette interview est tirée de la newsletter de la FHP-MCO publiée le 1er février. Pour la consulter, cliquez ici.

Quel diagnostic posez-vous sur les mesures déployées pour lutter contre les déserts médicaux aujourd’hui ?

Les mesures mises en œuvre jusqu’à aujourd’hui ne sont pas pensées dans une logique de politique générale à l’égard des déserts médicaux ; elles se superposent sans apporter de réponse de long terme. Au fil des plans de lutte, les mêmes solutions sont proposées sans que l’évaluation des précédentes ne soit réalisée, ni que des améliorations significatives ne soient constatées sur le terrain.
Certaines mesures proposées sont inadaptées à la réalité du terrain. Par exemple, proposer une augmentation du numerus clausus, c’est non seulement penser l’offre sans penser la demande : si vous arrosez le désert vous n’y verrez pas pousser de nouvelles cultures par magie. C’est aussi oublier qu’il faut presque 10 ans pour former un médecin généraliste, mais surtout que peu de médecins formés s’installent effectivement en libéral et encore moins en tant que médecin généraliste de plein exercice. Quant aux mesures coercitives telle que l’obligation d’installation, elles sont inefficaces et entraînent un rejet de la spécialité par tous, au premier rang desquels les étudiants.
Certaines propositions existantes sont intéressantes même si elles ne représentent pas en soi, une réponse à part entière au problème : c’est le cas des incitations financières, de la télémédecine ou de l’exercice en maisons de santé.
Prenons les maisons de santé, par exemple : elles apportent ça et là un embryon de réponse mais ne peuvent être l’unique modèle de l’exercice coordonné. Tout simplement car elles ne répondent pas toujours aux besoins. Outre l’absence de modèle économique et les lourdeurs administratives qu’elles représentent, la concentration de professionnels autour de pôles souvent excentrés peut créer de nouvelles difficultés d’accès pour certains patients.

Selon vous, quels devraient être les 2 ou 3 premières décisions d’urgence qu’il faudrait prendre pour efficacement lutter contre les déserts médicaux ?

La lutte contre les déserts médicaux doit s’engager au travers de mesures de court, moyen et long terme. Il importe de commencer par conforter et préserver l’existant : cela signifie soutenir les professionnels qui exercent déjà dans les zones tendues. Pour cela, nous développons dans notre livre plusieurs mesures permettant de valoriser et soulager les médecins généralistes de plein exercice (nous les appelons les Medge*) .
Parmi les décisions à prendre très rapidement, il faut évidemment permettre aux Medge de devenir maîtres de stage de façon automatique et développer les stages en zones tendues.
On peut aussi imaginer une prise en charge des cotisations sociales des Medge en zones tendues, ou encore une mise en place d’un vrai service de remplacement des professionnels de santé etc. Ce sont des mesures assez simples à mettre en œuvre mais qui peuvent avoir un réel impact.
En parallèle, il est essentiel d’organiser le premier recours autour d’équipes de soins primaires coordonnées au sein desquelles les compétences de chaque professionnel de santé (pharmaciens, infirmiers, biologistes etc.) sont respectées et maximisées. Au sein de ces équipes, il sera possible de penser une vraie logique de parcours et de faire vivre le lien entre la ville et les établissements de santé.

Quel est le rôle que les cliniques peuvent ou doivent jouer dans ce dispositif ?

La mise en place d’une réponse coordonnée des professionnels de ville permettra de soulager les établissements aujourd’hui trop fortement sollicités et de concentrer leur expertise sur les missions qui leur sont dévolues depuis la loi HPST, à savoir la prise en charge des urgences et les actes et consultations techniques qui relèvent d’une haute technicité (interventions chirurgicales, consultations de spécialistes, etc.).
En ce sens, les cliniques ont un véritable rôle à jouer dans l’organisation du parcours de santé du patient. Cela ne pourra se faire sans un renforcement de la coordination entre la ville et les établissements. La LMSS en offre l’opportunité en permettant la création de communautés professionnelles territoriales de santé qui offrent une possibilité de réponse structurée en ville aux besoins des patients en même temps que des interlocuteurs identifiés aux acteurs du 2e recours.

Consulter le livre #Déserts médicaux : quels leviers pour sortir de l’impasse ? 
Il est publié chaque semaine, chapitre après chapitre, depuis le site évènementiel vaincrelesdesertsmedicaux.com

 

* Notre définition du Medge : le Medge est un médecin généraliste de plein exercice conventionné qui accepte tous les patients quel que soit leur âge ou conditions, sans rendez-vous, et qui accepte une mission de santé publique pour répondre aux besoins prioritaires des patients des zones

 

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Grippe : la France tousse, le système de santé mobilisé

Alors que l’épidémie de grippe se développe, de plus en plus de malades sont pris en charge tant en ville qu’à l’hôpital.

Professionnels de santé de premier recours en première ligne, personnels hospitaliers et du secteur médico-social sont mobilisés.

Plus de 9 cas sur 10 sont pris en charge en médecine de ville ; essentiellement par les médecins généralistes et aussi par les pharmaciens d’officine et les infirmières libérales qui délivrent des conseils aux malades et au besoin peuvent les orienter vers une consultation médicale ou vers l’hôpital. La plupart des médecins généralistes organisent leurs activités pour prendre en charge les malades plus nombreux. Les médecins généralistes les plus concernés par l’épidémie augmentent ainsi leurs temps d’activité professionnelle de 50% pour répondre aux demandes de soins.

La prise en charge de la grippe se compose de repos, d’hydratation et de quelques médicaments simples pour maîtriser la fièvre et les manifestations douloureuses. Les mesures d’hygiène élémentaire –usage de mouchoirs, de gel hydro-alcoolique, limitations des contacts interhumains, …- sont essentielles pour limiter la propagation de l’épidémie.

Seules les personnes présentant des complications –respiratoires ou autres..- ainsi que les personnes âgées et les malades chroniques relèvent d’une prise en charge hospitalière.

L’épidémie de grippe actuelle est un révélateur des progrès à réaliser pour mieux soigner les français.

La gradation des soins, la coopération des équipes de soins de ville, coordination ville hôpital et médico-social, échanges de données de santé sont autant de principes  à développer rapidement pour conférer aux soignants les outils pour remplir leurs missions de soins .

  • la gradation des soins mobilise les moyens humains et techniques correspondants à l’état de santé du malade et évite l’encombrement des services d’urgences des hôpitaux.
  • la coopération entre médecins généralistes, infirmières, pharmaciens, au sein des équipes de soins de ville permet de conférer un rôle plus important aux infirmières et aux pharmaciens dans les processus de soins, de consultations infirmières, ou délivrance élargie de médicaments.
  • la fluidité des parcours de soins doit être organisée, de même que les transferts entre l’ambulatoire et l’hôpital, qu’il s’agisse des entrées ou des sorties et selon la situation de chaque malade
  • La mise à disposition des données de santé permet d’informer les professionnels quant à la progression de l’épidémie et ses caractéristiques, ou d’assurer les transmissions entre professionnels des données utiles à une bonne prise en charge de chaque malade
  • La mise en place d’un forfait épidémique en tiers-payant  facilite l’accès aux soins, en mobilisant l’ensemble des acteurs du soin.

L’épidémie de grippe est l’occasion d’engager les premières mesures pour reformer notre système de santé au service de la population

Martial Olivier-Koehret

jeudi 5 janvier 2017

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Le tiers-payant progresse

Le Ministère de la Santé vient d’annoncer que le tiers-payant avait progressé  de manière « particulièrement significative » chez les médecins généralistes. La direction générale de la santé (DGS) annonce qu’en octobre 2016, il a été appliqué par les médecins généralistes dans 73,7% des cas de patients en ALD, au régime général, contre 66% au premier trimestre. En ce qui concerne les spécialistes, le recours au tiers-payant est passé de 76,9% à 78,7% pendant cette période.

Le tiers-payant est largement utilisé par les médecins généralistes et spécialistes (y compris par ceux qui pratiquent les tarifs les plus élevés). Cette progression se fait malgré l’opposition des syndicats aujourd’hui minoritaires (puisque réunissant moins de 40% de votants aux dernières élections professionnelles) et réticents à toute transparence des pratiques.

Je défends une large utilisation du tiers-payant dans la pratique des soins primaires afin d’indiquer le mode d’emploi logique du système de santé dont les points d’entrée sont les soins primaires et le médecin généraliste.

 

Martial Olivier-Koehret

Médecin généraliste

21 décembre 2016

 

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Prescription du Valproate réservée aux spécialistes: une décision scandaleuse

L’agenda de l’ANSM serait-il établi à partir des urgences médiatiques ?
En tout état de cause, l’Agence française a rapidement répliqué à l’action en justice intentée par une patiente traitée contre l’épilepsie durant sa grossesse par la Dépakine®.

Désormais, la première prescription annuelle sera réservée aux spécialistes en neurologie, pédiatrie ou psychiatrie.
Les patientes sous Dépakine® doivent par ailleurs bénéficier d’une contraception efficace. Le risque de malformation est pourtant connu depuis les années quatre-vingt par les praticiens. Quant au rapport bénéfice/risque, il a été confirmé comme favorable en décembre dernier par l’agence européenne du médicament.

L’action en justice est intentée contre le laboratoire par des femmes traitées pendant leur grossesse.

L’avocat des plaignantes a relevé que la plupart des ordonnances émanaient de neurologues et qu’il n’y avait pas de prescription hors AMM. C’est donc le défaut d’information qui est visé.

En dépit du fait que

  • les femmes concernées par ces recours juridiques ont consulté pendant leur grossesse plusieurs médecins
  • et que les médecins généralistes ne sont pas en cause dans les prescriptions concernées par la plainte en justice,

ce sont une fois encore les médecins généralistes qui sont stigmatisés et sanctionnés.

Les médecins généralistes n’ont plus que le droit de renouveler l’ordonnance initiée par un médecin spécialiste pour toute prescription de Dépakine® à des femmes en âge de procréer.

Cette mise sous tutelle constitue une mise en cause inacceptable et sans fondements des compétences du médecin généraliste et de son éthique professionnelle.

C’est une décision scandaleuse qui stigmatise une profession, celle des médecins généralistes, et insécurise une fois encore les patient(e)s.