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Autisme : repérer au quotidien

Les troubles du spectre de l’autisme, TSA,  concernent environ 1 personne sur 150. La proportion filles/garçons est de l’ordre de 3 à 4 garçons pour 1 fille. L’accroissement des chiffres de prévalence (la fréquence à laquelle un trouble apparaît) peut être imputé à l’évolution des critères diagnostiques au fil des temps, permettant un diagnostic plus précoce et plus précis.

La prise en charge de ce trouble dépend de la précocité de son dépistage. Dépister l’autisme chez l’enfant est essentiel pour la prise en charge. Idéalement, il faudrait détecter ces troubles avant 18 mois. Cependant le diagnostic est posé plus tard, le plus souvent vers 6 ans.

Le médecin généraliste est au cœur du suivi des bébés et des petits enfants. Au fil de ses contacts, son écoute, ses interrogatoires et ses examen  s’intéressent au développement neurologique de l’enfant et à sa capacité de communication.

Il est difficile de reconnaître les premiers signes de l’autisme. Il n’existe pas une mais plusieurs maladies, en fonction de la gravité (le syndrome d’Asperger étant la forme la moins handicapante).

Quelle que soit l’atteinte, on peut distinguer trois types de problèmes :

  •  Des troubles de la communication : le langage est embrouillé. Souvent, l’autiste répète en écho ce qu’il entend. De plus, les codes de la communication non verbale (gestes regard…) sont mal maîtrisés.
  •  Des troubles du comportement : l’autiste répète régulièrement les mêmes mouvements. Il pratique constamment la même activité avec les mêmes objets et manque d’intérêt pour d’autres loisirs.
  • Des troubles des relations sociales : l’autiste ne participe pas aux activités de groupe spontanément. Il est indifférent aux autres.

Pour le professionnel de santé, le problème réside dans le fait que les premiers signes de l’autisme se déclarent lentement au cours de la première année de vie. Il faut être en mesure de repérer un ensemble de symptômes pour pouvoir évoquer le diagnostic.

Quelques signaux peuvent alerter les parents :

  • Aucun babillage ou gestes pour communiquer avant un an ;
  • Aucun mot avant l’âge de 18 mois ;
  • Aucune phrase de deux mots de manière spontanée avant deux ans ;
  • Une perte soudaine de capacités de langage ou une désocialisation brutale.

D’autres indices plus discrets peuvent également être évocateurs : peu de sourires en réponse à ceux qu’on lui fait, pratiquement pas de réponse au prénom… L’écoute des parents fait partie intégrante du suivi des bébés. Bien souvent, les parents sont les premiers à remarquer un trouble même mineur.

L’interrogatoire et l’examen, s’ils demandent un peu de temps et d’attention permettent aux médecins généralistes de suivre les acquisitions du bébé et du petit enfant. 8 sur 10 des examens sont réalisés par des généralistes et ces consultations régulières ne se limitent pas aux mesures biométriques et au suivi de l’alimentation.

L’identification de petits troubles de la communication, ne veut pas dire que l’enfant est autiste. Simplement, en ce cas, il convient d’envisager de consulter un professionnel de santé à même de dépister un trouble éventuel. Ce peut-être un autre problème que l’autisme, qui peut se traduire par des symptômes similaires : trouble du langage, problèmes psychologiques et autres.

Un suivi attentif au long cours n’aboutit pas à des diagnostics mais permet de repérer des troubles frustres et non-spécifiques et conduire à des interventions pluridisciplinaires qui rassureront les parents ou bien aboutiront aux diagnostics et permettront une prise en charge précoce.

Se former au dépistage des TSA, intégrer la recherche des signes de TSA à l’exercice quotidien, sont des enjeux professionnels majeurs pour les médecins généralistes qui assurent le suivi au quotidien des bébés et des petits enfants.

Nous le devons aux enfants et à leurs parents pour améliorer le dépistage et mettre en œuvre la  prise en charge adaptée le plus tôt possible.

Cela permet aussi d’améliorer qualitativement la pratique des médecins généralistes et de développer des coopérations pluridisciplinaires, qui constituent les deux axes des réformes à venir du système de santé.

 

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#Vaincre les déserts médicaux : interview par la FHP-MCO

Cette interview est tirée de la newsletter de la FHP-MCO publiée le 1er février. Pour la consulter, cliquez ici.

Quel diagnostic posez-vous sur les mesures déployées pour lutter contre les déserts médicaux aujourd’hui ?

Les mesures mises en œuvre jusqu’à aujourd’hui ne sont pas pensées dans une logique de politique générale à l’égard des déserts médicaux ; elles se superposent sans apporter de réponse de long terme. Au fil des plans de lutte, les mêmes solutions sont proposées sans que l’évaluation des précédentes ne soit réalisée, ni que des améliorations significatives ne soient constatées sur le terrain.
Certaines mesures proposées sont inadaptées à la réalité du terrain. Par exemple, proposer une augmentation du numerus clausus, c’est non seulement penser l’offre sans penser la demande : si vous arrosez le désert vous n’y verrez pas pousser de nouvelles cultures par magie. C’est aussi oublier qu’il faut presque 10 ans pour former un médecin généraliste, mais surtout que peu de médecins formés s’installent effectivement en libéral et encore moins en tant que médecin généraliste de plein exercice. Quant aux mesures coercitives telle que l’obligation d’installation, elles sont inefficaces et entraînent un rejet de la spécialité par tous, au premier rang desquels les étudiants.
Certaines propositions existantes sont intéressantes même si elles ne représentent pas en soi, une réponse à part entière au problème : c’est le cas des incitations financières, de la télémédecine ou de l’exercice en maisons de santé.
Prenons les maisons de santé, par exemple : elles apportent ça et là un embryon de réponse mais ne peuvent être l’unique modèle de l’exercice coordonné. Tout simplement car elles ne répondent pas toujours aux besoins. Outre l’absence de modèle économique et les lourdeurs administratives qu’elles représentent, la concentration de professionnels autour de pôles souvent excentrés peut créer de nouvelles difficultés d’accès pour certains patients.

Selon vous, quels devraient être les 2 ou 3 premières décisions d’urgence qu’il faudrait prendre pour efficacement lutter contre les déserts médicaux ?

La lutte contre les déserts médicaux doit s’engager au travers de mesures de court, moyen et long terme. Il importe de commencer par conforter et préserver l’existant : cela signifie soutenir les professionnels qui exercent déjà dans les zones tendues. Pour cela, nous développons dans notre livre plusieurs mesures permettant de valoriser et soulager les médecins généralistes de plein exercice (nous les appelons les Medge*) .
Parmi les décisions à prendre très rapidement, il faut évidemment permettre aux Medge de devenir maîtres de stage de façon automatique et développer les stages en zones tendues.
On peut aussi imaginer une prise en charge des cotisations sociales des Medge en zones tendues, ou encore une mise en place d’un vrai service de remplacement des professionnels de santé etc. Ce sont des mesures assez simples à mettre en œuvre mais qui peuvent avoir un réel impact.
En parallèle, il est essentiel d’organiser le premier recours autour d’équipes de soins primaires coordonnées au sein desquelles les compétences de chaque professionnel de santé (pharmaciens, infirmiers, biologistes etc.) sont respectées et maximisées. Au sein de ces équipes, il sera possible de penser une vraie logique de parcours et de faire vivre le lien entre la ville et les établissements de santé.

Quel est le rôle que les cliniques peuvent ou doivent jouer dans ce dispositif ?

La mise en place d’une réponse coordonnée des professionnels de ville permettra de soulager les établissements aujourd’hui trop fortement sollicités et de concentrer leur expertise sur les missions qui leur sont dévolues depuis la loi HPST, à savoir la prise en charge des urgences et les actes et consultations techniques qui relèvent d’une haute technicité (interventions chirurgicales, consultations de spécialistes, etc.).
En ce sens, les cliniques ont un véritable rôle à jouer dans l’organisation du parcours de santé du patient. Cela ne pourra se faire sans un renforcement de la coordination entre la ville et les établissements. La LMSS en offre l’opportunité en permettant la création de communautés professionnelles territoriales de santé qui offrent une possibilité de réponse structurée en ville aux besoins des patients en même temps que des interlocuteurs identifiés aux acteurs du 2e recours.

Consulter le livre #Déserts médicaux : quels leviers pour sortir de l’impasse ? 
Il est publié chaque semaine, chapitre après chapitre, depuis le site évènementiel vaincrelesdesertsmedicaux.com

 

* Notre définition du Medge : le Medge est un médecin généraliste de plein exercice conventionné qui accepte tous les patients quel que soit leur âge ou conditions, sans rendez-vous, et qui accepte une mission de santé publique pour répondre aux besoins prioritaires des patients des zones

 

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Grippe : la France tousse, le système de santé mobilisé

Alors que l’épidémie de grippe se développe, de plus en plus de malades sont pris en charge tant en ville qu’à l’hôpital.

Professionnels de santé de premier recours en première ligne, personnels hospitaliers et du secteur médico-social sont mobilisés.

Plus de 9 cas sur 10 sont pris en charge en médecine de ville ; essentiellement par les médecins généralistes et aussi par les pharmaciens d’officine et les infirmières libérales qui délivrent des conseils aux malades et au besoin peuvent les orienter vers une consultation médicale ou vers l’hôpital. La plupart des médecins généralistes organisent leurs activités pour prendre en charge les malades plus nombreux. Les médecins généralistes les plus concernés par l’épidémie augmentent ainsi leurs temps d’activité professionnelle de 50% pour répondre aux demandes de soins.

La prise en charge de la grippe se compose de repos, d’hydratation et de quelques médicaments simples pour maîtriser la fièvre et les manifestations douloureuses. Les mesures d’hygiène élémentaire –usage de mouchoirs, de gel hydro-alcoolique, limitations des contacts interhumains, …- sont essentielles pour limiter la propagation de l’épidémie.

Seules les personnes présentant des complications –respiratoires ou autres..- ainsi que les personnes âgées et les malades chroniques relèvent d’une prise en charge hospitalière.

L’épidémie de grippe actuelle est un révélateur des progrès à réaliser pour mieux soigner les français.

La gradation des soins, la coopération des équipes de soins de ville, coordination ville hôpital et médico-social, échanges de données de santé sont autant de principes  à développer rapidement pour conférer aux soignants les outils pour remplir leurs missions de soins .

  • la gradation des soins mobilise les moyens humains et techniques correspondants à l’état de santé du malade et évite l’encombrement des services d’urgences des hôpitaux.
  • la coopération entre médecins généralistes, infirmières, pharmaciens, au sein des équipes de soins de ville permet de conférer un rôle plus important aux infirmières et aux pharmaciens dans les processus de soins, de consultations infirmières, ou délivrance élargie de médicaments.
  • la fluidité des parcours de soins doit être organisée, de même que les transferts entre l’ambulatoire et l’hôpital, qu’il s’agisse des entrées ou des sorties et selon la situation de chaque malade
  • La mise à disposition des données de santé permet d’informer les professionnels quant à la progression de l’épidémie et ses caractéristiques, ou d’assurer les transmissions entre professionnels des données utiles à une bonne prise en charge de chaque malade
  • La mise en place d’un forfait épidémique en tiers-payant  facilite l’accès aux soins, en mobilisant l’ensemble des acteurs du soin.

L’épidémie de grippe est l’occasion d’engager les premières mesures pour reformer notre système de santé au service de la population

Martial Olivier-Koehret

jeudi 5 janvier 2017

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Stratégie nationale de santé : tout ça pour ca!

L’absence de véritable politique de santé ponctuée par de multiples départs du cabinet de la ministre de la santé devait laisser la place à une feuille de route aux objectifs précis : « la stratégie nationale de santé. »

Sans tambour ni trompette, les « sages » ont rendu leur copie. L’unique dépêche qui a marqué la sortie de ce texte n’en masque malheureusement pas l’indigence. Entre bons sentiments et déclaration d’intention, il ne contient aucune mesure opérante.

Rien de saillant et même le déremboursement partiel de l’ALD, auquel les oiseaux de mauvais augure s’attendaient, est remisé. Si l’on devait retenir une préconisation phare, c’est celle qui n’hésite pas à rappeler que l’heure de sortie de l’hôpital devra avoir lieu en fin de matinée et pas en milieu d’après-midi…

Sans aller plus avant dans l’ironie, il est tout de même permis de voir dans ces recommandations le versant institutionnel des corporatismes toujours à l’œuvre qui bénéficient directement de la désorganisation des soins et des déficits. Car ils sont nombreux à parier sur les bons sentiments pour aboutir à un maintien du statu quo ante qui leur est très clairement favorable.

Dans le même temps, notre système de santé solidaire pousse ses derniers râles : finances exsangues, professionnels excédés, malades appelés à payer toujours plus, inégalités de santé en progression constante.

Halte à l’hypocrisie

Les ARS ont reçu mission de développer les synergies en région.  Sans moyens financiers et coincées entre la tutelle nationale omniprésente d’une part et l’Assurance maladie savonnant la planche en coulisses d’autre part, elles sont de toute part empêchées de faire.

Pourtant, partout des professionnels de santé de ville sont volontaires pour construire des équipes de soins de ville, développer les coopérations, assumer la responsabilité des soins de la population de leur territoire, ouvrir à la transparence de leurs pratiques.

L’ Académie de médecine et la FHF, en relevant que le tiers des actes et examens étaient inutiles voire dangereux, ont pourtant ouvert la porte à des évolutions signifiantes : non, il n’est pas utile de multiplier les actes pour bien soigner les malades. Oui, on peut faire mieux et soigner les malades qui en ont besoin avec des remboursements raisonnables.

La première recommandation à adopter d’urgence relève donc de ces actes inutiles, en :
évitant les hospitalisations non médicalement justifiées,
régulant les entrées des Urgences (huit personnes sur dix présentes aux Urgences sont dans un état de santé qui ne relève pas d’une prise en charge par les Urgences),
pesant la pertinence de chaque acte, prestation et médicament dans une relation rénovée avec les autorités (il s’agit de trancher précisément sur quel acte et dans quelle situation de santé, un acte est utile permet au professionnel de ne plus avoir à se protéger en multipliant les prescriptions) ;
faisant évoluer les modes de rémunération en forfaitisant à un niveau décent les médecins généralistes et les équipes de soins de ville volontaires pour prendre en soin une population sur un territoire qu’ils déterminent eux-mêmes dans une relation contractuelle rénovée. Ce forfait devra s’entendre en toute transparence des pratiques et des responsabilités y compris financière et en matière de résultats sanitaires et sociaux attendus puis obtenus ;
associant étroitement les élus locaux et les représentants de patients aux choix des orientations et aux objectifs retenus.

De quoi le malade a-t-il besoin ?

La clé de ce système relève de la substitution de la question « de quoi le malade en fonction de son état de santé a-t-il besoin ?» en lieu et place du « comment remplir les places disponibles, les agendas et faire tourner les machines selon la nomenclature des actes et la T2A ? »

Bien sûr, cela heurte les corporatismes, les habitudes, les intérêts de multiples groupes. Qu’il en soit ainsi !

Faute de courage, la santé perd son universalité et la Sécurité sociale est privatisée à coup d’ANI santé et de réseaux mutualistes pour conventionner et contraindre les professionnels de santé de ville.

Sauver l’accès aux soins de tous à des soins de qualité est possible en rationalisant les enveloppes mises à notre disposition par la solidarité (l’argent de l’Etat via la Sécurité Sociale pour l’essentiel) et l’énergie des professionnels dès lors qu’ils trouveront des interlocuteurs décidés et missionnés pour faire.

Tout en FINESS

Les malades, futurs malades et professionnels de santé ont tous d’abord et avant tout besoin d’une organisation des soins.

On le sait depuis longtemps.

On s’y essaie depuis toujours.

Et on bute sur trois écueils auxquels il est pourtant possible d’apporter des réponses simples et efficaces :

1°) L’activité de soins est détournée vers l’hôpital. Toutes choses égales par ailleurs, nous hospitalisons 70% de malades de plus qu’ailleurs. La gradation des soins et l’appropriation du concept de premier recours avec ses implications en terme de parcours de santé structuré en ville sont les deux premières réponses.

2°) L’absence de moyens en ville n’a pas permis de faire face aux missions qui sont les nôtres et qu’on pourrait résumer en un « répondre aux demandes de soins non urgentes à toute heure et en tout lieu ». Nous comptons 3,4 médecins pour 1000 habitants mais seulement 2.5 infirmières (pardon pour la virgule) par médecin. Miser sur les coopérations pluri-disciplinaires, approfondir les nouveaux modes de rémunération, mixer les rémunérations à l’acte au forfait et à la capitation sont autant de propositions évidentes pour se sortir de l’ornière.

3°) Nous nous sommes laissé attirer par le chant des sirènes du salariat. Cette organisation est présentée partout et de plus en plus comme la solution à tous nos problèmes. Entre acteurs libéraux pourtant, aucune profession ne peut en salarier une autre : nous sommes tous les professionnels de santé responsables. Organiser les prises en charge doit passer par les coopérations pluridisciplinaires. Depuis que l’évolution des règles le permet, nous pouvons construire une prise en charge des patients en équipe de soins, fondée sur l’échange et la valorisation des compétences acquises ou susceptibles de l’être et la reconnaissance du statut d’acteur de santé à l’ensemble de ses membres.

De fait, l’aspiration des professionnels de santé de ville à se rapprocher est ancienne.

Plusieurs tentatives se sont succédées contournant les trois écueils que nous venons d’évoquer

a)  Les centres de santé salariés soutenus par des municipalités ou des mutuelles ont pu pallier l’absence de logistique en ville grâce notamment à l’adjonction de personnel d’accueil, de gestion, etc. Insuffisamment pourvoyeur de ressources en provenance des activités de soins, ces centres déficitaires sont voués à partager le sort des modèles économiques défaillants.

b)  Le prototype de Saint-Nazaire CSI (centre de santé intégré où les patients étaient particulièrement impliqués) s’est heurté au corporatisme médical et n’a pu le dépasser.

c)   Les cabinets de groupe de médecins portés d’abord par le SNJMG sont devenus la norme d’exercice. Ils restent le plus souvent limités à un partage des locaux sans projet de santé ambitieux ni coopération pluridisciplinaire aboutie.

Les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) tirent leur force de leur origine : l’envie des professionnels de travailler ensemble autrement. Cela a permis de bouger les lignes et de mettre fin aux archaïsmes comme par l’interdiction initialement faite aux professionnels de santé de partager leurs locaux (art.68 du code de déontologie des médecins, ancien art. R.4127-68 du code de la santé publique)

Ce nouveau modèle d’exercice convient à environ 20% des professionnels de santé pour lesquels il permet la satisfaction conjointe de leurs envies et des besoins locaux.

Et la souris a accouché d’un éléphant

Dans tous les cas, à mesure qu’elles fleurissaient, des syndicats, fédérations et technocrates se sont mobilisés pour accompagner ces réussites.

Le résultat est navrant. Pour gérer au mieux ces véritables petites entreprises et les « sécuriser », on a rajouté de la complexité à la complexité. Les SISA[1] sont si compliquées qu’elles rebutent déjà de nombreux volontaires. La mise en conformité des actuelles MSP est certes une mesure qui va favoriser l’emploi des juristes et autres experts-comptables mais elle rebute les professionnels de santé qui exercent bénévolement au sein des MSP.

Depuis peu, amère cerise sur le gâteau, pour bien faire comprendre aux professionnels que rien ne leur serai épargné, obligation leur est faire d’obtenir un numéro FINESS[2].

Comme, dans le même temps, la seule avancée en matière de rémunération de la coopération, que sont les NMR, va s’interrompre en 2013 sans que rien ne vienne les remplacer, la coupe est pleine.

Aujourd’hui, les seuls protocoles pluridisciplinaires qui parviennent au bout du chemin de croix ARS-HAS sont hospitaliers ou concernent des libéraux qui salarient d’autres professionnels. L’ambiance n’est pas au beau fixe.

Le silence unanime des représentants professionnels devant ces incohérences et avanies est assourdissant.

Les professionnels de santé de ville ont choisi cet exercice pour être au plus près des malades, organiser avec souplesse leur activité. Tous les sondages et études montrent que les professionnels installés quittent l’exercice et les jeunes s’en détournent en raison de contraintes administratives trop pesantes. Ajouter de nouvelles contraintes aux contraintes actuelles est la certitude de maintenir en l’état la crise démographique.

Et pourtant…

Ces avatars et freins présentés comme des aides ne changeront pas la dynamique à l’œuvre. Les professionnels de terrain continuent à inventer, innover, construire de nouveaux projets et sous une forme ou sous une autre, le  regroupement pluridisciplinaire devient la norme. Face aux déserts médicaux et au recul de l’accès aux soins, il existe aujourd’hui des réponses.

La dynamique professionnelle et les outils existants permettent de mettre sur pied sans délai  des associations territoriales de professionnels de santé, capables de mettre en œuvre des projets de santé élaborés par les professionnels sur la base de coopérations pluridisciplinaires novatrices et impliquantes.

Il ne reste pour les autorités qu’à élaborer des appels d’offres locaux à destination des équipes de soins coordonnés qui redonnent la priorité à l’essentiel : accès aux soins, prise en charge des maladies chroniques, maintien à domicile des personnes âgées et promotion de la santé publique.

Pas sûr que cela soit plus compliqué qu’un SISA tout en FINESS…


[1] Société interprofessoinnelle de soins ambulatoires, créé par la loi Fourcade en 2011.

[2] INSTRUCTION N° DGOS/PF3/DREES/DMSI/2012/135

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Les nouvelles frontières de la santé

Nile, l’agence de conseil en Affaires Publiques dirigée par Olivier Mariotte, m’a fait l’honneur de m’inviter à l’un de ses petits déjeuners du mercredi aux côtés de Charline Boissy (actuelle présidente de l’ISNAR-IMG), Jean-Michel Klein (président du SNORL) et Jean-Paul Ortiz (Président URPS médecins Languedoc-Roussillon).

Nous y avons été invité pour débattre des « Frontières aux métiers de demain ».

La complexité grandissante des profils de nos patients en même temps que celle des diagnostics et thérapeutiques imposent une prise en charge pluridisciplinaire. Sur le terrain, loin des peurs et des résistances catégorielles et syndicales, les 350 000 professionnels de santé sont en mouvement pour « réarticuler les compétences » comme l’appelle de ses voeux Charline Boissy. Ils travaillent à une meilleure prise en compte des spécificités territoriales en adéquation avec leurs propres besoins et attentes.

Bien sûr, il a été question hier des sujets de rémunération. La question du salariat d’une profession par une autre – comme l’envisagent certains médecins – doit être évacuée : il est inenvisageable pour les libéraux que nous sommes d’établir avec cet artifice une hiérarchie. La survie des soins de ville repose sur une solidarité de chacun des acteurs de santé.  La question des rémunérations mérite d’être posée pour des professionnels de santé dont les niveaux de rémunération varient de 1 à 10 (au moins) entre professions. La coordination peut prétendre à un financement de l’équipe de soins coordonnés indépendamment et de manière complémentaire aux rémunérations de chaque profession et professionnel.

Les Nouveaux modes de rémunération, qu’une centaine de maisons de santé pluridisciplinaires connaissent bien pour les expérimenter, ont représenté une avancée extraordinaire dans ce domaine. C’est un nouveau modèle économique, rémunération au forfait de la coordination pour l’ensemble des professionnels et non plus par professions.

Mais il convient de le conjuguer au passé puisque ce système est suspendu en 2013.

Retour à la case départ. A ceci près que les professionnels sont prêts à faire d’abord pour élaborer ensemble des nouvelles règles de fonctionnement en coopération et en bonne intelligence, ensuite – mais seulement ensuite – à concevoir les rémunérations adaptées qui devront mêler rémunération à l’acte et au forfait. Pour les professionnels de santé libéraux que nous sommes, compétents et volontaire, un tel objectif est parfaitement possible et à notre portée.

Bien sûr les nouvelles frontières ne manquent pas d’inquiéter les tenants du monde ancien, ceux qui souhaitent comme toujours, que rien ne change pour préserver des avantages acquis. Il a aussi  été question ce matin de risque de perte de qualité et de pouvoir. Là encore, c’est mal comprendre le sens de la coordination et de la coopération pluri-professionnelle qui se fonde sur un partage protocolé, décrit et évalué et qui garantit donc la sécurité du patient.

Les frontières entre nos exercices ne peuvent plus être déterminées par les contours du secret médical ou du privilège du médecin généraliste considéré par principe comme plus sachant que les autres professionnels de santé ambulatoires. Le patient demeure protégé par le respect du secret professionnel et la transparence avec lesquels les professionnels de santé réunis en équipe, tel que le souhaitent les jeunes professionnels, exerceront demain.

Penser la prise en charge en équipe c’est penser la complexité avec simplicité. Les expérimentations que nous menons sont à la hauteur du triple enjeu économique, démographique et social qui se présente à nous.

Nous en discuterons ensemble je l’espère le 13 juin prochain au Collège des Bernardins.

Pour vous inscrire, c’est ici : contact@soinscoordonnes.fr

 

 

 

 

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Nous sommes tous des biologistes

Tous acteurs de santé au sein des équipes de soins coordonnés

Les attaques auxquelles sont confrontés les laboratoires de biologie jour après jour sont de plus en plus violentes et dangereuses pour eux bien sûr mais également pour notre système de santé. Chaque jour plusieurs laboratoires tombent aux mains des financiers et l’accès aux soins se réduit en même temps que la biologie de proximité son champ de prérogative et d’actions.

Les grands groupes financiers avalent avec voracité le plus grand nombre de laboratoires indépendants possible dans une véritable course contre la montre. Un tiers des laboratoires de proximité vient ainsi de disparaître.

Pour les acquéreurs, la santé est avant tout un marché auquel il est possible de s’attaquer morceau par morceau. Cette logique était au cœur de la loi Fourcade[1] qui entendait livrer les professionnels et les établissements aux appétits des assureurs santé. Ce sont les mêmes logiques à l’œuvre. La mobilisation de milliers de professionnels autour de la pétition de « Soins coordonnés » a permis de retarder le pire.

Face à eux, les malades et leurs familles bataillent avec les professionnels de santé pour lesquels la santé est respectivement un espoir et une raison de vivre.

De même que pour l’article 22 de la loi Fourcade qui entendait soumettre les professionnels de santé aux assureurs santé, lorsque la biologie de proximité est mise à mal, les professionnels de santé savent leurs sorts liés de façon inextricable.

Il existe en effet plusieurs moyens de lutter, comme toujours et dans tous les combats. Déplorer la trop grande activité des hôpitaux et le coût qu’elle entraîne, ne suffit pas. Diabète, hypertension artérielle, maladies bronchiques : ces pathologies chroniques représentent près de 70% des dépenses de santé et doivent nécessairement être pris en charge en médecine de ville  dans les meilleures conditions pour les patients.

La coordination des soins est un moyen de tout premier ordre. Les équipes de soins de ville que nous soutenons[2] en sont l’aboutissement sans doute perfectible mais extrêmement enthousiasmant à tous points de vue.

Hors établissements de santé, l’activité des soignants est longtemps restée marquée par l’individualisme et l’isolement.

La complexité des soins dispensés en ville et les aspirations des professionnels les plus dynamiques ainsi que les attentes des plus jeunes viennent remettre en question cet antique fonctionnement isolé. D’autant que, la situation à laquelle sont confrontés les laboratoires de biologie de proximité le prouve, aujourd’hui, si chacun s’obstine à travailler de manière autonome, le plus grand nombre finira par disparaître.

Suivant l’aspiration des professionnels à exercer de manière coordonnée, il est possible de construire d’autres prises en charge des malades en construisant des équipes de soins de ville.

En leur sein, chaque professionnel de santé – médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, opticiens, sages-femmes, podologues, ergothérapeutes, biologistes, dentistes,  psychologues, diététiciens – participe de l’équilibre nouveau qui naît de leur coopération. Ces acteurs volontaires s’engagent dans une démarche de coopération pluri-professionnelle aux contours divers, empreinte de la volonté de protéger l’accès aux soins de qualité.

Chaque professionnel, acteur de santé à part entière, concoure à la prise en charge des patients au plus près du juste soin.

L’équipe de soins de ville devient le lieu pluridisciplinaire de l’accès aux soins et des prises en charge complexes. Elle a besoin de chacun de ses acteurs dont les apports doivent être reconnus au premier rang desquels les biologistes de proximité.

Car dans le cadre de cette approche moderne, chacun apporte ses compétences, son esprit d’initiative et sa responsabilité au-delà des représentations anciennes.

Le biologiste ne peut être cantonné à ses tubes de prélèvements.  Faire au mieux les analyses, c’est évidemment le minimum garanti par le développement de démarches qualité de haut niveau mises en œuvre par les biologistes. Mais en tant que professionnel de santé, il s’agit évidemment de   mobiliser davantage de compétences au service des patients. La médicalisation des ordonnances de biologie est une mesure simple qui permet rapidement au binôme  biologiste/médecin généraliste d’apporter efficience et juste soin.

Mobiliser les compétences  de nos collègues biologistes, reconnaître leur apport essentiel pour les malades au-delà des résultats de chaque analyse, mettre en place une véritable coopération au service du patient peut donner aux interventions des autres professionnels de premier recours et notamment des médecins généralistes davantage d’efficience.

Médicaliser les ordonnances est une mesure simple, applicable de suite.

L’équipe de soins de ville est un tout au service des patients où chacun apporte sa compétence, son enthousiasme son sens des responsabilités. Les professionnels de santé de ville sont favorables au développement de ces coopérations pluri-professionnelles. Elles sont essentielles pour rééquilibrer l’activité de soins dans notre pays de l’hôpital vers la médecine de ville.

Loin de réduire le soin à une prestation de services, loin de l’industrialisation présentée comme inéluctable et de son corollaire la financiarisation de nos activités, les aspirations des professionnels à devenir des acteurs de santé à part entière au sein d’équipes de soin coordonnés  constituent un gage d’avenir et d’indépendance professionnelle au service des malades.

 


[1] LOI n° 2011-940 du 10 août 2011 modifiant certaines dispositions de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires

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La santé à la croisée des chemins

Le débat est figé entre déficits financiers abyssaux et revendications financières incessantes notamment de professionnels d’une part, aspirations légitimes à lutter contre déserts médicaux – dépassements d’honoraires et aspiration à ne rien changer au fonctionnement actuel en matière d’installation et de rémunérations via les honoraires libres d’autre part.

Les propositions les plus folles sont exprimées aujourd’hui :

– Augmenter les enveloppes dévolues à l’hôpital qui est déjà le plus cher du monde

– Vénérer le dogme libéral des honoraires libres et de la liberté d’installation.

– Salarier les médecins généralistes puis tous les autres professionnels de santé

Si l’on y rajoute l’absence de réaction des candidats à la présidentielle contre les récentes décisions de la convention médicale qui entérinent les dépassements de tarifs et les larmes de crocodiles versées sur l’accès et la qualité des soins, force est de constater la victoire des intérêts particuliers et de la déstructuration de tout le système.

Comment comprendre l’étranglement systématique des médecins généralistes, celui dont la fonction première est la régulation ? La survie de la médecine de ville est autant l’intérêt de la population pour conserver des soins de proximité que celui des professionnels de santé ambulatoire pour enrayer le déremboursement des soins de ville.

Comment comprendre la cession aux groupes financiers de la biologie de ville, de la kinésithérapie de ville aux centres de rééducation fonctionnelle, de l’optique aux sites internet du bout du monde, et au salariat coûteux l’activité de tous ?

Ces postures passéistes conduisent à la faillite. Faillite financière du toujours plus de dépenses, faillite de l’accès aux soins avec la progression des déserts et des dépassements, faillite de l’intelligence avec le déremboursement de la médecine de ville et l’annonce de mesures coercitives à l’encontre des professionnels.

Pourtant, la crise interdit les postures et intérêts particuliers. Le bateau coule et il est aussi vain d’écouter religieusement l’orchestre interpréter les airs d’un passé révolu que de se remplir avidement les poches à la table du voisin dans la salle d’apparat où brillent les dorures.

La balle est avant tout dans le camp des professionnels de santé de ville. Avec la gradation des soins et la dévolution du premier recours aux professionnels de ville, le cadre législatif est disponible.

Dans chaque quartier, chaque canton, les professionnels ont leur avenir en main.

La population et les pouvoirs publics attendent des propositions adaptées au tissu et aux attentes locales. L’enjeu du territoire bouleverse les postures. La mobilisation des acteurs de terrain secteur par secteur répond au plus près aux besoins des malades et mobilise les compétences des professionnels de santé de ville.

Chaque professionnel soucieux de la situation de ses patients et de sa propre situation à moyen terme ne peut qu’être désireux de construire des voies nouvelles et de s’y engager.

Construisons des équipes de soins coordonnés à même de prendre en charge les patients y compris dans les zones identifiées comme désertiques. Cette révolution qui voit les soins de ville passer d’acteurs libéraux et farouchement individuels soutenus par des organisations attachés au statu quo ante vers des entrepreneurs modernes coopérant en équipes de soin coordonné dans le respect des compétences et de l’indépendance de chaque profession est en marche.

Dans ce cadre souple, les professionnels de santé sont acteurs de santé au-delà de leur activité propre, membres d’une équipe fonctionnelle et porteurs du message partagé auprès des patients, seule façon de les soigner avec justesse et efficience.

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