« Chers » médicaments

Une tribune de Soins Coordonnés  du 24 juin 2016

 

La campagne « non affichée » de Médecins du Monde sur les prix des médicaments a suscité de vifs émois ces derniers jours.  Et pour cause, comme d’autres auparavant (les cancérologues notamment), l’association qui intervient aux côtés des plus défavorisés, alerte l’opinion publique sur le prix élevé de certaines thérapeutiques.

Il ne s’agit pas de discuter ici de la forme de cette campagne ni de sa tonalité : le choix de marquer les esprits implique une simplification de la problématique. Dont acte.

Ce qui nous importe davantage, c’est la mise en lumière d’une problématique qui est trop souvent occultée : celle de l’accès aux soins.

 

Par le passé, plusieurs épisodes de fixation de prix ont fait couler beaucoup d’encre. Pour lutter contre certains cas de DMLA, le Lucentis doit être injectée dans l’œil plusieurs fois pour prévenir la cécité au prix de près de 800 euros la dose. Des études semblaient pourtant souligner que l’Avastin, qui n’était pas alors autorisé en France,  bien que trente fois moins cher, était tout aussi efficace que le Lucentis pour traiter la DMLA. Il a fallu attendre 2015 pour que l’Avastin obtienne une autorisation d’utilisation à ces fins thérapeutiques.

 

Dans le cadre du traitement de l’Hépatite C (voir notre tribune du 26 mai 2016), le prix de la molécule lui aussi très élevé pose question. Moins onéreux chez nos voisins européens, cette thérapeutique n’était également réservée qu’à un nombre restreint de patients atteints par l’Hépatite C. Si la ministre de la Santé a annoncé que les indications en seraient élargies, le prix demeure toujours un frein pour le moment et reste plus élevé dans notre pays que dans les autres.

 

Ces exemples ne font que souligner le fait que la question de l’accessibilité des soins est devenue  incontournable. Du point de vue du patient, plus un traitement est cher, plus il est difficile d’y accéder sans complémentaire santé conséquente ou sans bénéficier du régime ALD. Du point de vue de l’Assurance Maladie, les efforts de remboursements considérables sur ces sommes immenses obligent les pouvoirs publics à faire des choix vis-à-vis du remboursement d’autres thérapeutiques. Les gouvernements successifs ont donc organisé le déremboursement de nombreux médicaments. Et pourtant, on comprend que pour le patient qui y a recours régulièrement, le poids pécuniaire de ce médicament au départ sans conséquence soit de plus en plus impactant.

 

Au travers de sa campagne choc, Médecins du Monde interroge deux points d’importance :

  • Comment fixe-t-on le prix du médicament en France ?
  • Ne serait-il pas temps d’ouvrir le débat sur ces tarifs et dans ce cas, comment procéder ?

 

Evidemment, plusieurs dynamiques sont ici à l’œuvre. L’émotion suscitée par de telles questions complique l’abord et l’analyse de ces questions : on discute de pathologies lourdes qui ne font que s’accroître dans un contexte d’explosion des maladies chroniques. Les médicaments et leur prix ont évidemment un impact direct sur la vie quotidienne des patients.

D’autre part, la forte capacité financière de notre pays ouvre la voie aux abus de fixation de prix. Nous sommes parmi les Etats les plus dépensiers en matière de santé.

Enfin, le mécanisme de fixation des prix, via le CEPS (bientôt intégré à l’ANSM) demeure opaque.

 

L’accès aux soins ne pourra être garanti sans en passer par de véritables engagements durables et a minima l’ouverture de réflexions d’envergure sur 3 thématiques au moins :

  1. Il est grand temps d’ouvrir le débat et de défendre la nécessité de la transparence du prix des traitements. Si le prix industriel doit être fonction de l’investissement et des dynamiques de recherche engagée, il ne devrait en aucun cas dépendre de la capacité financière du pays ou des mécanismes de négociation des prix.
  2. La multiplication de thérapeutiques de plus en plus coûteuses pour des échantillons très ciblés de patients devra inciter à faire des choix sur les traitements remboursés. A quel prix ? Pour qui ? Il s’agit d’un débat citoyen qui concerne chacun.
  3. L’utilisation des données de santé est une opportunité à saisir pour suivre les patients recevant une thérapeutique donnée, ses conséquences effectives, la comparer avec une autre et déterminer les interventions thérapeutiques les plus efficaces du parcours du soin du patient. La sous-utilisation du big data ne permet pas aujourd’hui d’ouvrir la possibilité de construire des chemins thérapeutiques logiques au long cours respectant l’efficience et la sécurité.

 

Dans tous les cas, l’amélioration de l’accès aux soins ne pourra se faire sans une politique de fixation des prix transparente et optimisée, tenant compte de l’innovation et de l’amélioration des parcours de soins des patients.

Soins Coordonnés, 24 juin 2016

Cette tribune a été publiée dans Les Echos le 30 juin 2016, pour la consulter, cliquez ici.

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