Archives Mensuelles: juin 2016

Interview dans Egora : « Le C à 25 est une erreur »

Convention médicale par Catherine Le Borgne le 25-06-2016

« Le C à 25 est une erreur et ne résoudra rien »

Co-créateur de l’association Soins coordonnés et ancien président de MG France, le Dr Martial Olivier Koehret juge très durement les négociations conventionnelles en cours. Elles se résumeraient à une surenchère tarifaire sur fond de concurrence syndicale.  Alors que les problèmes aigus d’organisation des soins, de désertification médicale et de désaffection de la médecine générale ne sont pas traités.

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« Chers » médicaments

Une tribune de Soins Coordonnés  du 24 juin 2016

 

La campagne « non affichée » de Médecins du Monde sur les prix des médicaments a suscité de vifs émois ces derniers jours.  Et pour cause, comme d’autres auparavant (les cancérologues notamment), l’association qui intervient aux côtés des plus défavorisés, alerte l’opinion publique sur le prix élevé de certaines thérapeutiques.

Il ne s’agit pas de discuter ici de la forme de cette campagne ni de sa tonalité : le choix de marquer les esprits implique une simplification de la problématique. Dont acte.

Ce qui nous importe davantage, c’est la mise en lumière d’une problématique qui est trop souvent occultée : celle de l’accès aux soins.

 

Par le passé, plusieurs épisodes de fixation de prix ont fait couler beaucoup d’encre. Pour lutter contre certains cas de DMLA, le Lucentis doit être injectée dans l’œil plusieurs fois pour prévenir la cécité au prix de près de 800 euros la dose. Des études semblaient pourtant souligner que l’Avastin, qui n’était pas alors autorisé en France,  bien que trente fois moins cher, était tout aussi efficace que le Lucentis pour traiter la DMLA. Il a fallu attendre 2015 pour que l’Avastin obtienne une autorisation d’utilisation à ces fins thérapeutiques.

 

Dans le cadre du traitement de l’Hépatite C (voir notre tribune du 26 mai 2016), le prix de la molécule lui aussi très élevé pose question. Moins onéreux chez nos voisins européens, cette thérapeutique n’était également réservée qu’à un nombre restreint de patients atteints par l’Hépatite C. Si la ministre de la Santé a annoncé que les indications en seraient élargies, le prix demeure toujours un frein pour le moment et reste plus élevé dans notre pays que dans les autres.

 

Ces exemples ne font que souligner le fait que la question de l’accessibilité des soins est devenue  incontournable. Du point de vue du patient, plus un traitement est cher, plus il est difficile d’y accéder sans complémentaire santé conséquente ou sans bénéficier du régime ALD. Du point de vue de l’Assurance Maladie, les efforts de remboursements considérables sur ces sommes immenses obligent les pouvoirs publics à faire des choix vis-à-vis du remboursement d’autres thérapeutiques. Les gouvernements successifs ont donc organisé le déremboursement de nombreux médicaments. Et pourtant, on comprend que pour le patient qui y a recours régulièrement, le poids pécuniaire de ce médicament au départ sans conséquence soit de plus en plus impactant.

 

Au travers de sa campagne choc, Médecins du Monde interroge deux points d’importance :

  • Comment fixe-t-on le prix du médicament en France ?
  • Ne serait-il pas temps d’ouvrir le débat sur ces tarifs et dans ce cas, comment procéder ?

 

Evidemment, plusieurs dynamiques sont ici à l’œuvre. L’émotion suscitée par de telles questions complique l’abord et l’analyse de ces questions : on discute de pathologies lourdes qui ne font que s’accroître dans un contexte d’explosion des maladies chroniques. Les médicaments et leur prix ont évidemment un impact direct sur la vie quotidienne des patients.

D’autre part, la forte capacité financière de notre pays ouvre la voie aux abus de fixation de prix. Nous sommes parmi les Etats les plus dépensiers en matière de santé.

Enfin, le mécanisme de fixation des prix, via le CEPS (bientôt intégré à l’ANSM) demeure opaque.

 

L’accès aux soins ne pourra être garanti sans en passer par de véritables engagements durables et a minima l’ouverture de réflexions d’envergure sur 3 thématiques au moins :

  1. Il est grand temps d’ouvrir le débat et de défendre la nécessité de la transparence du prix des traitements. Si le prix industriel doit être fonction de l’investissement et des dynamiques de recherche engagée, il ne devrait en aucun cas dépendre de la capacité financière du pays ou des mécanismes de négociation des prix.
  2. La multiplication de thérapeutiques de plus en plus coûteuses pour des échantillons très ciblés de patients devra inciter à faire des choix sur les traitements remboursés. A quel prix ? Pour qui ? Il s’agit d’un débat citoyen qui concerne chacun.
  3. L’utilisation des données de santé est une opportunité à saisir pour suivre les patients recevant une thérapeutique donnée, ses conséquences effectives, la comparer avec une autre et déterminer les interventions thérapeutiques les plus efficaces du parcours du soin du patient. La sous-utilisation du big data ne permet pas aujourd’hui d’ouvrir la possibilité de construire des chemins thérapeutiques logiques au long cours respectant l’efficience et la sécurité.

 

Dans tous les cas, l’amélioration de l’accès aux soins ne pourra se faire sans une politique de fixation des prix transparente et optimisée, tenant compte de l’innovation et de l’amélioration des parcours de soins des patients.

Soins Coordonnés, 24 juin 2016

Cette tribune a été publiée dans Les Echos le 30 juin 2016, pour la consulter, cliquez ici.

Revaloriser les médecins généralistes : Oui. Revaloriser toutes les consultations: Non !

Retrouvez ici la tribune de Martial Olivier-Koehret sur les revalorisations de consultations parue le jeudi 2 juin 2016 dans le Huffington Post.

 

tribune revalorisation

L’annonce d’une revalorisation prochaine de la consultation des médecins généralistes est une bonne nouvelle: le tarif est bloqué depuis plusieurs années et le différentiel de rémunération entre médecins généralistes et médecins spécialistes est une des causes de la désaffection de la médecine générale.

En effet, année après année, les médecins fuient la médecine générale. Les déserts médicaux continuent de gagner du terrain. Dans plus du tiers de notre pays, trouver un médecin traitant devient difficile.

Une catastrophe sanitaire sous nos yeux

Le remarquable travail de l’ordre des médecins sur la démographie des médecins (voir l’atlas 2016 de la démographie médicale en France publié jeudi 2 juin) décrit à chaque décompte la catastrophe sanitaire qui se déroule sous nos yeux: dans les zones déjà pourvues, les médecins, spécialistes d’une part et généralistes d’autre part (dont beaucoup de MEP, « modes d’exercice particulier »), continuent à s’installer; ils sont de plus en plus rares à s’installer en revanche là où l’exercice quotidien est difficile.

Rémunérations moins attractives et contraintes plus nombreuses: les médecins fuient l’exercice de la médecine générale dans les zones rurales et péri-urbaines. Ils préfèrent l’exercice spécialisé, salarié ou en cabinet à proximité des hôpitaux dans les centres-villes.

Bien que ce mécanisme soit connu, les mêmes politiques se répètent (en particulier depuis le tournant de la convention de 2005 (1)) et ont conduit à la catastrophe sanitaire actuelle. Les discussions en cours de la convention médicale prennent malheureusement le même chemin. Suppression des forfaits actuels dont ceux à destination des médecins généralistes des zones sensibles remplacés par des augmentations d’actes et un forfait accessible à tous.

La nouvelle convention doit porter sur l’accès aux soins de tous, sur tout le territoire

Bien sûr qu’il faut revaloriser la consultation des médecins généralistes et organiser le basculement des rémunérations vers des forfaits pluriprofessionnels (qui à terme doivent devenir l’essentiel des rémunérations des soins primaires).

En revanche, revaloriser l’ensemble des consultations est une erreur: tout l’effort de la nouvelle convention doit porter sur l’accès aux soins de tous, sur tout le territoire et donc prioritairement dans les zones déficitaires.

La bombe à retardement des déserts médicaux mérite une autre réponse que des majorations d’actes pour tous et la suppression des actuels forfaits pour les médecins des zones défavorisées. La population a besoin de médecins généralistes de plein exercice -ceux-là même qui prennent en charge l’ensemble de la population: bébés, personnes âgées y compris à domicile et les malades chroniques de plus en plus nombreux.

Pour sauvegarder notre système de santé, l’effort conventionnel dans sa globalité doit être porté sur les zones difficiles et vers les médecins généralistes les plus exposés.

Martial Olivier-Koehret

(1) Retour à une convention unique pour tous les médecins libéraux

Pour consultez l’article sur le site du Huffington Post : http://www.huffingtonpost.fr/martial-olivierkoehret/medecins-generalistes-revaloriser-consultations_b_10256460.html