Archives Mensuelles: avril 2016

Interview de Martial Olivier-Koehret dans Egora « Ce sont des gens proches de la retraite qui négocient l’avenir des jeunes »

EGORA LOGO

Article paru dans Egora

Convention médicale par Catherine Le Borgne le 12-04-2016

Pas content de l’orientation prise par les négociations conventionnelles, le Dr Martial Olivier-Koerhet. A la tête de l’association « Soins coordonnés », l’ancien président de MG France déplore que l’on ne parle que de tarifs, alors que la désertification médicale rend urgent une réflexion sur l’organisation des soins. Il rêve de la mener avec la jeune génération, les professions de santé et les patients. Dans un autre contexte que la convention, trop passéiste. Un cadre à construire.

 

Egora. Vous n’êtes pas content de l’orientation prise par les négociations conventionnelles, dont vous considérez qu’elles semblent se résumer à la problématique tarifaire…

Dr Martial Olivier-Koerhet. Pas content, ce n’est pas tout à fait le mot. Je considère qu’elles ne répondent pas aux préoccupations du moment. Si on regarde le champ conventionnel, il y a bien entendu les tarifs, mais également l’organisation des soins. La loi dit que c’est la convention qui règle les problèmes de démographie, de nomenclature, d’organisation des soins, le champ est vaste, mais il n’est exploré que sur les tarifs alors que de nombreux autres sujets posent question. Aujourd’hui, la convention, elle se résume à une négociation tarifaire.

 

Lors des séances plénières, ces sujets ont été abordés : démographie, coordination et moyens de la coordination notamment. Cela ne vous satisfait pas non plus ?

Non. Je ne vois pas de réponses aux problèmes. J’exerce dans un désert médical, j’ai deux collègues qui ferment ce mois-ci, comme tous les trimestres, et la situation de gens comme moi dans les déserts médicaux devient de plus en plus difficile et je ne vois aucun élément nouveau. Les augmentations de tarifs ne répondent pas à notre problématique d’organisation des soins et cela n’amènera pas des jeunes à travailler dans nos secteurs. En revanche, je vois autour de moi, s’installer des situations dramatiques sans aucune réponse. Et les inégalités de santé progressent.

 

Est-ce que la convention médicale est le bon lieu pour discuter de ces sujets ?

Bonne question. D’après les textes, je constate que c’est le bon lieu, mais je constate qu’il n’y a pas de propositions. Démographie, installation, nomenclature… Les dernières extensions du champ conventionnel médical datent de la loi de 2002.

 

A qui la faute ?

Je ne porte pas d’accusations, je constate. Et cela me désole en tant que professionnel touché par ces sujets donc, je me dis qu’il faut faire quelque chose.

 

Alors, que faire ?

Puisqu’on parle d’argent et de tarifs, pourquoi ne pas développer des forfaits pour favoriser le travail pluri professionnel ? Car au-delà des problèmes évoqués, il y a également celui de mon métier de médecin qui est en train d’évoluer extrêmement vite, où l’on voit arriver des choses sur lesquelles on n’entend personne. Je pense aux consultations d’AXA à 5 euros par an, quasi gratuites. Autre exemple : les généralistes sont pointés du doigt en tant que prescripteurs de Dépakine, alors que le sujet porte sur les grossesses à risque et complexes, qui doivent intéresser plusieurs médecins. Les généralistes ne devraient pas être mis en cause, mais ils le sont.

Dans ce contexte où le métier est mis en cause dans tous les sens et avec toutes les évolutions technologiques, comme les objets connectés, la télémédecine, etc. qui sont tous des dispositifs destinés à contourner le généraliste, je me dis qu’il faut tout de même qu’on se bouge et qu’on améliore les prises en charge des malades. Avec l’irruption du nombre de personnes âgées et de maladies chroniques dans nos activités, il faut inventer pour que les malades restent chez nous.

Le diabète est en train d’exploser. On suivait les malades avec les biologistes et les infirmières, mais aujourd’hui, avec les connections en automatique, plus les pompes à insuline, plus les algorithmes, on va faire quoi, nous ? Nos activités sont en train de partir, il faut donner des réponses. Où organise-t-on les soins ? D’après les textes, c’est dans la convention, mais il n’y a pas de réponse. Dans le cadre de la convention, on évoque des sommes très conséquentes pour les honoraires, jusqu’à un milliard et demi. Pourquoi ne pas proposer une amélioration des prises en charge par le développement de forfaits, qui nous permettraient de développer les services professionnels et de nous réunir pour travailler ensemble. Il y a également l’idée d’un forfait de structure.

 

Ces sujets sont évoqués…

J’en accepte l’augure. Sauf que nous nous situons dans le cadre d’une convention mono catégorielle, et que dans ce cadre, la coordination se pense entre généralistes et spécialistes, ce qui, au vu de mon expérience personnelle, ne représente qu’une toute petite partie de l’activité. La grosse partie de notre activité, c’est le rapport avec le pharmacien, le biologiste, l’infirmière… C’est là où on peut rénover la prise en charge.

 

Faudrait-il inventer un nouveau cadre ? L’UNPS (Union nationale des professions de santé), qui est le cadre où se tiennent les discussions relatives à l’ACIP (Accord cadre interprofessionnel), n’est pas acceptée par tout le monde.

L’UNPS est un regroupement d’organisations mono catégorielles qui sont dans leurs rôles lorsqu’elles défendent leurs mandants et qui essaient d’obtenir le maximum en termes de rémunération. Mais oui, j’en conviens, il faut un nouveau cadre contractuel dans lequel on puisse discuter de cette coordination, des éléments de la coordination, de la rémunération. Ces éléments-là doivent être à égalité entre chaque profession, c’est un autre sujet que celui des tarifs, des revenus de chaque profession et de la retraite.

Sans doute faut-il inventer un cadre, car les organisations mono catégorielles ne sont pas faites pour cela. On a bien vu pour le PAERPA (maintien à domicile des personnes âgées dépendantes), comment le dispositif a été bloqué pendant deux ans par les discussions entre les représentants des kinés, des infirmières et des médecins, au sujet de la clef de répartition de la centaine d’euros du Projet de soins. Chaque organisation était dans sa logique.

 

Les internes et jeunes médecins doivent-ils participer à ces discussions ?

Lorsque j’étais président de syndicat, je les ai toujours emmenés avec moi. Bien entendu, il faut que cela devienne une règle. Il ne faut pas oublier que les sujets dont on discute dans le cadre conventionnel, vont s’appliquer pour l’essentiel aux jeunes. C’est tout de même un paradoxe de constater que ce sont des gens qui travaillent peu ou qui sont près de la retraite, qui mettent en placedes dispositifs qui seront appliqués aux jeunes. Ils doivent tous être présents, sans exclusive. Ensuite, je sais par expérience qu’il y a des phases de discussions qui ne sont pas très transparentes. Alors, si cela devait induire plus de transparence, ce serait très bien. Mais c’est cet œil de l’extérieur que ne veulent pas certaines organisations. Nous ne devons rien cacher aux jeunes, ce sont eux qui vont subir ce que l’on décide.  Ils savent ce qui est utile.

 

Vous décrivez un système conventionnel en fin de course, à côté de la plaque, où l’on valide des systèmes  rapidement obsolètes… Comment faire bouger les choses ?

Il ne faut pas rêver tout remettre à zéro. Je pense qu’il faut associer les jeunes, les patients, qu’il faut poser les problèmes. Et comme les choses se sont déroulées lors des Etats généraux de la santé (EGOS), il faudra à un moment, réunir tout le monde et se poser la question du service rendu à la population, car c’est elle qui paye au travers de ses cotisations et procure notre rémunération. L’accès aux soins est un droit qui s’impose aux professionnels, à eux de s’organiser pour offrir ce service en matière de continuité des soins. Il faudra aussi dire quels doivent être les rapports entre les acteurs de santé de ville, les hospitaliers et les tenants du secteur médico-social. Le suivi des personnes âgées représente 30 % de notre activité, cela ne peut se concevoir sans rapports avec le médico-social. Il faut des coordinations, ces éléments doivent bouger. Une convention chargée de la valeur du C ne répond pas à cela. Il faut donc trouver un autre lieu.

 

Pour consulter l’article sur le site d’Egora: http://www.egora.fr/sante-societe/convention-medicale/209757-ce-sont-des-gens-proches-de-la-retraite-qui-negocient-laven

La prise en charge des personnes âgées – Salon Pharmagoraplus

Martial Olivier-Koehret interviendra sur la prise en charge des personnes âgées lors du salon Pharmagoraplus2016 qui réunira les pharmaciens d’officine à Paris les 2 et 3 avril .

Pour en savoir davantage sur le programme, cliquez ici.