Archives Mensuelles: décembre 2015

Numerus clausus et déserts médicaux

Augmenter le numerus clausus pour lutter contre les déserts médicaux?

Publication: 26/12/2015 Huffington Post
L’idée a l’air simple et efficace: puisque les déserts médicaux progressent faute d’installation de médecins, formons plus de médecins, des installations ne manqueront pas d’advenir et les déserts se repeupleront. Ce n’est évidemment pas si simple.

La France compte beaucoup de médecins (215.539 médecins actifs). Parmi eux, beaucoup de médecins généralistes qui sont justement les médecins qui font défaut dans les déserts médicaux.

Pour autant, la moitié des médecins généralistes formés (c’est-à-dire des détenteurs du diplôme de médecine générale) n’exerce pas la médecine générale. Et seul un généraliste sur dix sortant actuellement de formation s’installe en libéral. Ces installations ont baissé de 10% en quelques années pour les médecins généralistes et de bien davantage dans les zones difficiles: c’est ce mécanisme de reflux qui vide des quartiers, des communes, des cantons et qui peut mettre le premier cabinet médical jusqu’à cinquante kilomètres de distance.

Que font donc ceux qui ne s’installent pas en libéral?

C’est là un des (nombreux) paradoxes de notre système de santé. Ceux qui s’émeuvent de la progression des déserts médicaux sont les premiers à créer, par centaines, des postes de médecins salariés: pouvoirs publics et élus locaux offrent des postes de médecins salariés à des conditions matérielles nettement plus avantageuses que l’exercice libéral des médecins généralistes.

Meilleures rémunérations, meilleure protection sociale, moindres charges de travail, « il faudrait être fou pour dépenser plus… »

Seul l’attrait de l’exercice quotidien de la médecine générale explique le maintien en activité des irréductibles médecins généralistes notamment dans les zones difficiles. Le développement sans précédent du cumul activité-retraite vient à cet égard témoigner de l’attachement des médecins généralistes libéraux à leurs malades.

Deux catégories de médecins salariés sont ensuite à considérer: ceux qui restent dans le soin et ceux qui en sortent.

Ceux qui sortent du soin sont embauchés dans des agences, organismes obligatoires ou complémentaires, collectivités locales ou EPHAD*. Pour ce qui les concerne, le débat porte sur la nécessaire compensation de ces embauches à la collectivité nationale qui fait l’effort de financer la formation de médecins pour apporter des soins à la population.

L’embauche de médecins pour des postes salariés non-soignants doit être assortie d’une compensation à la collectivité nationale qui pourrait venir alimenter, par exemple, un fonds d’intervention à destination des déserts médicaux.

Les autres vont pour beaucoup dans des établissements de soins.

Le basculement continu de l’activité de soin de l’ambulatoire vers les établissements contribue à maintenir notre pays en tête des dépenses de santé hospitalières dans le monde, alimente les déficits des dépenses de santé et rend nécessaire des embauches de médecins qui, mécaniquement, ne se trouvent plus dans le libéral.

Oui mais le lien avec le numerus clausus dans tout ça…?

La proposition d’augmenter le numérus clausus pour répondre au manque actuel de médecins généralistes méconnait qu’il faut dix ans pour former un médecin généraliste et ne prend pas en compte le fait que si, peu de généralistes parmi ceux qui sont formés s’installent en libéral, ils le font après plusieurs années de remplacements. Concrètement, augmenter le numérus clausus c’est disposer d’éventuels médecins généralistes disponibles dans 12 à 15 ans au mieux.

Dans le même temps, le nombre de postes de médecins généralistes salariés continue à augmenter ce qui aspire littéralement la plus grande partie des jeunes médecins généralistes séduits par des revenus nets plus élevés, le bénéfice d’une protection sociale et moins de contraintes dans l’exercice quotidien. A titre d’illustration, on ne dénombre pas moins de 12.000 postes de médecins budgétés et non pourvus uniquement dans l’hôpital public.

Au final, l’augmentation du numerus clausus augmente le nombre de médecins formés mais pas le nombre de médecins généralistes dans les déserts médicaux.

Et alors, on fait quoi?

Au fil des plans de lutte contre les déserts médicaux, les mêmes mesures sont annoncées sans que l’évaluation des annonces précédentes ne soit réalisée: augmentation des maisons de santé et des contrats de professionnels aidés financièrement à s’installer dans les déserts médicaux, etc.
Les maisons de santé, portées à bout de bras par les 3 à 5% de professionnels de santé qui les utilisent, sont une réponse intéressante dans certaines zones mais ne peuvent être le modèle unique pour la santé de demain d’autant qu’elles ne bénéficient pas d’un soutien financier pérenne.

Les contrats de médecins généralistes aidés financièrement à s’installer dans les déserts médicaux ne séduisent pas plus les jeunes médecins que l’installation dans les conditions actuelles. Le problème est plus profond que le seul complément financier mensuel proposé. A tel point que ces contrats aidés ne sont pas tous couverts et certains sont finalement proposés à des médecins spécialistes ou à des dentistes.

Ces professionnels sont sans doute utiles mais le besoin crucial n’en demeure pas moins pour organiser les soins de faire revenir des médecins généralistes dans les déserts médicaux. Ce qui apparaît comme une nécessité aujourd’hui, c’est de redonner du sens à l’exercice de la médecine générale. Donner envie aux jeunes médecins généralistes d’exercer la médecine générale n’est pas une question d’augmentation ou de dépassements du tarif des actes. Il est absolument essentiel de valoriser l’exercice quotidien, cesser de contourner les généralistes, s’appuyer sur les décisions médicales des médecins généralistes et doter les médecins généralistes pour organiser le suivi au quotidien des malades chroniques toujours plus nombreux, tout comme pour le maintien à domicile des personnes âgées en coordination étroite avec les pharmaciens, les infirmières, les biologistes et les masseurs-kinésithérapeutes d’un même territoire.

La nouvelle coordination entre l’équipe de soin de ville autour du médecin généraliste et de l’équipe de soin hospitalière est la clé d’un rééquilibrage des activités de soins et des suivis des parcours de santé.

Cet équilibre redonnera du sens à l’exercice quotidien des médecins généralistes et séduira les jeunes médecins généralistes en leur offrant un exercice quotidien conforme à leur haut niveau de formation actuelle. C’est à partir de ce rééquilibrage que pourront s’établir les négociations des moyens, forfaits financiers, protection sociale, rémunération des coordinations, etc.

Notre pays est en crise, l’effort collectif de la sécurité sociale doit porter sur les médecins généralistes des zones difficiles et la garantie de l’accès aux soins des malades qui en ont besoin.
La question réelle des déserts médicaux n’est pas de prendre des mesures ponctuelles mais de définir les médecins dont la population française a besoin en premier recours. Et de créer le cadre d’exercice qui redonne sens à leur travail quotidien puis de leur donner les moyens de soigner les malades avec leurs collègues des soins primaires au premier rang desquelles les infirmières, pharmaciens, biologistes, masseurs-kinésithérapeutes.

Epidémie de grippe : une dépêche AFP, reprise dans les médias, fait le point

La grippe tarde à venir, il est encore temps de se faire vacciner

Si la météo étonnamment clémente pour un mois de décembre retarde l’épidémie de grippe, rhinopharyngites, otites et autres bronchites profitent de la douceur pour proliférer…

Par La rédaction d’Allodocteurs.fr sur France TV Infos

Mis à jour le 24/12/2015

« La semaine dernière, on a enregistré 49 consultations pour syndromes grippaux pour 100.000 habitants », contre 71 consultations à la même périodeen 2014, indique Isabelle Bonmarin, coordinateur de surveillance de la grippe à l’Institut national de veille sanitaire (InVS). « On dispose de si peu de virus, qu’on ne peut pas à ce stade dire de quel type il s’agit », précise-t-elle également.

La grippe se propage habituellement lorsque les températures sont basses parce que le froid diminue nos défenses immunitaires, nous rendant plus vulnérables à ce virus. Mercredi 23 décembre, les températures tournaient encore en moyenne autour de 10 degrés en France.

« Nos cellules ne sont pas nues. Elles sont couvertes de fluides qui jouent le rôle de barrière physique (…) Ces virus n’arrivent pas à se faufiler à travers cette couche de liquide qui nous protège », explique Bruno Lina, virologue. Or, « quand il fait froid, ce mucus s’assèche. Il joue alors moins bien son rôle de barrière », ajoute-t-il.

En outre, quand le thermomètre descend autour de zéro, « on a tendance à rester confiné dans des espaces clos, à ne pas aérer correctement son logement, à ne pas ouvrir les fenêtres des bureaux », ce qui favorise la propagation de cette maladie très contagieuse, souligne le docteur Martial Olivier-Koehret, médecin généraliste, président de l’association Soins Coordonnés.

L’absence d’épidémie de grippe ne signifie pas pour autant que les médecins sont désoeuvrés.

« Le chat n’est pas là, les souris dansent »

« On a une activité importante car on a beaucoup de pathologies de types ORL ou bronchiques », indique Pierre-Henry Juan, président de SOS médecins, pointant du doigt les écarts de température dans une même journée.

« Il y a actuellement beaucoup de virus respiratoires », confirme Bruno Lina. « Parce qu’on est dans une ambiance tempérée légèrement humide qui favorise leur transmission et parce que le virus de la grippe n’est pas là », résume-t-il : « Le chat n’est pas là, les souris dansent ».

Les virus apparaissent de « manière séquentielle », explique-t-il. « Arrive d’abord la rhino. Puis quand la rhino baisse, le virus respiratoire syncytial (VRS, qui donne la bronchiolite essentiellement) arrive. Quand le VRS diminue, la grippe commence », détaille-t-il.

Les médecins constatent une diminution de l’épidémie de bronchiolite, mais la grippe tarde à sévir. Ne pas constater d’épidémie de grippe à la veille de Noël n’a toutefois rien d’exceptionnel. « Il y a deux et quatre ans, nous enregistrions le même niveau d’activité. Il y a eu dans le passé des épidémies qui ont même démarré beaucoup plus tard comme en 1988 et 1998 », vers la fin février, précise Mme Bonmarin de l’InVS.

Grippe : il n’est pas trop tard pour se faire vacciner

Le Dr Olivier-Koehret note que si la température chutait brutalement, l’épidémie pourrait toutefois prendre de court un grand nombre de personnes.

D’autant qu’avec cette météo exceptionnellement douce, « les gens ne se reposent pas ». « Normalement, l’hiver, on est moins actif, on se met au repos, on dort plus. Là, on vit comme si on était en été. On est sur les terrasses, on sort plus », observe-t-il. « Tout ceci affaiblit l’organisme » et le rend plus vulnérable au virus.

Enfin, les médecins soulignent aussi qu’il est encore temps de se faire vacciner. Et, lorsque l’épidémie sera déclarée, il faut impérativement éviter de côtoyer les gens qui ont la grippe « puisque la transmission est inter-humaine », rappelle Bruno Lina.

Il encourage d’ailleurs les gens malades à rester chez eux. « Si on veut jouer les héros et aller tout de même au bureau malgré les signes évidents de la grippe, il faut mettre un masque », préconise-t-il, rappelant que c’est au début des symptômes que l’on est le plus contagieux.

Source: http://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/grippe/la-grippe-tarde-a-venir-il-est-encore-temps-de-se-faire-vacciner_1237419.html

Luxeuil Saint-Sauveur : le thème de la maladie d’Alzheimer à l’université populaire

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14/12/2015 à 05:01 , actualisé le 13/12/2015 à 20:22

« LES TROUBLES de la mémoire, c’est banal. Parce qu’on doit se rappeler de trop de choses. Mais qu’est-ce qui relève d’un trouble de la mémoire ou d’une pathologie ? », pose le Dr Martial Olivier-Koehret.

Mardi soir, devant le public de l’université populaire de Luxeuil/Saint-Sauveur, le généraliste évoquera la maladie d’Alzheimer. « C’est une demande du public », répond-il pour expliquer le choix du thème de la conférence qu’il animera. Il ne le cache, le mot provoque « de l’angoisse dans la population ». À juste titre parfois. Parce que cela impacte l’individu malade, mais aussi ses proches. « Pour l’entourage, c’est une calamité. Et les aidants, ce sont principalement les familles. Il faut leur rendre hommage », constate-t-il. « Quand on prononce le mot Alzheimer, nous médecins, on sait ce que cela entraîne », appuie-t-il. En Haute-Saône, il y aurait environ 1.000 patients atteints de cette pathologie. 1.000 officiellement. Ceux comptabilisés dès lors qu’ils sont reconnus souffrants d’une affection de longue durée. Mais le vrai chiffre serait quatre fois supérieur.

Si la maladie d’Alzheimer se développe, c’est déjà parce que l’espérance de vie augmente. « La part de vie où on est malade dépendant s’est décalée. C’est plutôt positif », commente le médecin. Parce que la médecine soigne beaucoup mieux certaines pathologies comme le cancer ou les troubles cardio-vasculaires, on vit statistiquement plus vieux. « Et on voit apparaître des maladies qui n’avaient pas le temps de se déclarer », analyse-t-il. C’est le cas pour Alzheimer, qui frappe majoritairement des seniors de plus de 85 ans. « Avant 65 ans, c’est 2 % des cas », livre Martial Olivier-Koehret.

Mais parce que le mot et la pathologie effraient, on peut avoir tendance à la craindre dès que la mémoire flanche. « Quand les gens présentent des troubles de mémoire, on est capable de trier », assure le médecin. Grâce d’abord à des tests très simples. Le diagnostic s’affine ensuite. Si pour le médecin les tests biologiques ne sont pas encore « stabilisés » l’imagerie médicale permet dorénavant « de voir les choses ».

Le diagnostic après toutes ces investigations débouche une fois sur deux sur une maladie d’Alzheimer. « Un quart des patients ont d’autres problèmes qui se traitent. D’autres présentent d’autres formes de démence », estime-t-il.

Ce qui est terrible pour le médecin et les proches du malade, c’est que les traitements sont encore inefficaces. « Mais on n’est pas tous égaux devant l’évolution de la maladie. Chez celui qui a une activité intellectuelle stimulée, ça évolue moins vite… » Ce qui devient ingérable pour les familles, c’est quand le malade perd ses repères spatio-temporels et fugue. « À ce moment, on est obligés d’assurer un hébergement parce que les gens se sauvent… ». Là encore l’inégalité frappe. En fonction des territoires. Plus ou moins dotés de lits. La Haute-Saône est nettement moins bien pourvu que ses voisins comtois, si on met de côté les EHPAD pas forcément prévus pour ces malades. « Il y a des plans pour multiplier ces lits tous les trois-quatre ans. Mais ce n’est pas l’objectif de mettre tout le monde dans ces structures », souligne le Dr Olivier-Koehret, qui évoquera aussi lors de sa conférence l’état des recherches autour de ces pathologies.

Conférence le 15 décembre à 19 h 30. Maison des associations de Saint-Sauveur.

Olivier BOURAS

Consulter l’article ici: http://www.estrepublicain.fr/edition-de-vesoul-haute-saone/2015/12/14/luxeuil-saint-sauveur-le-theme-de-la-maladie-d-alzheimer-a-l-universite-populaire