Archives Mensuelles: juin 2015

Ceci n’est pas une consultation.

Ce serait la nouveauté « la plus marquante et la plus innovante » du marché en plein essor des contrats d’assurance santé d’entreprise suscité par l’ANI. Relayée par quelques dépêches seulement, cette nouvelle a été curieusement passée sous silence.

L’assureur AXA insère dans son contrat de complémentaire santé d’entreprise, à partir du mois de juin de cette année, et donc en ce moment même, un service de téléconsultation médicale auquel l’assuré pourra s’adresser, où qu’il soit, 24 heure sur 24, toute l’année. Pour ce faire, une équipe de 29 médecins urgentistes salariés se relaieront jour et nuit. Le tout, pour la modique somme de 0,50 centimes d’euros par an.

L’assureur en est certain, ce service constitue une réponse aux problèmes des déserts médicaux, à l’engorgement des urgences hospitalières et à la difficulté d’obtenir rapidement un rendez-vous avec son médecin traitant. Rien que ça.

Vous y avez vraiment cru ?

Ce « service » est évidemment illusoire. A commencer par son prix : les 0,50 centimes d’euros par an sont un prix d’appel. Les assureurs ne sont pas philanthropes, le coût de gestion réel est dilué dans la prime ; coûts de gestion payés bien sûr par les assurés eux-mêmes à travers leurs cotisations.

Quid du libre choix de l’assuré ? Du patient ? Le service impose la constitution, puis le suivi, d’un dossier médical après chaque appel. Comment garantir que l’assureur lui-même – celui qui octroie les primes, les prêts et décide en somme de notre avenir – se privera d’un accès aux données de santé qu’il contient ?

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) s’inquiète du doublon que représenterait ce service vis-à-vis du médecin traitant et du parcours de soins. On peut aussi légitimement s’inquiéter de l’avenir du colloque singulier, de la relation de confiance essentielle aux patients ainsi qu’à l’ensemble des professionnels de santé.

Peu importe aux assureurs la destruction du tissu des soignants et la dégradation de la qualité des soins ; de fait, nos objectifs sont diamétralement opposés : ils font du chiffre dans le marché de la santé ; nous répondons aux besoins des patients dans un souci de qualité.

La qualité et la sécurité des soins sont directement mises en cause : un conseil téléphonique n’est possible que dans des situations limitées.  L’idée de prescrire une radiographie ou une biologie après un coup de téléphone et de prendre une décision avec ces éléments est une négation totale de la médecine.

Un tel service ne répondra pas à l’insatisfaction des malades ; au contraire, celle-ci ne fera qu’augmenter. Le patient est, certes, à la recherche de réponses à ses questions et à ses demandes de soins, mais considérer qu’une réponse téléphonique y répondra pleinement est un leurre. Déployer une stratégie de santé raisonnée et raisonnable doit passer par la  relation de confiance organisée entre le patient et le médecin traitant, le professionnel ou l’équipe de professionnels de santé qu’il a choisi.

Une téléconsultation médicale ne pourra jamais lui offrir cette relation : la consultation directe, le colloque singulier, est prioritaire et doit être organisé.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que cette proposition répond à un besoin exprimé par la population, d’obtenir une réponse organisée à ses questions de santé de tous ordres. C’est pourquoi nous devons travailler au renforcement de l’intervention des médecins généralistes ainsi qu’à l’organisation et à la reconnaissance des compétences de l’ensemble des professionnels de santé de ville de premier recours. Le développement des coopérations entre professionnels de santé de ville s’impose comme une évidence. Offrir un service de santé disponible, accessible et de qualité qui permettra à la population de bénéficier des soins les plus adaptés à son état de santé.

L’association Soins coordonnés que je préside construit jour après jour cet accès aux soins universel et de qualité, grâce à l’organisation des prises en charge pluriprofessionnelles. Notre indépendance professionnelle doit être préservée pour défendre nos compétences.

La réponse aux besoins des usagers se trouve dans le suivi au long cours de sa santé avec les professionnels de santé de ville organisés.

 

Martial Olivier-Koehret

Médecin Généraliste

Président de Soins Coordonnés

Prescription du Valproate réservée aux spécialistes: une décision scandaleuse

L’agenda de l’ANSM serait-il établi à partir des urgences médiatiques ?
En tout état de cause, l’Agence française a rapidement répliqué à l’action en justice intentée par une patiente traitée contre l’épilepsie durant sa grossesse par la Dépakine®.

Désormais, la première prescription annuelle sera réservée aux spécialistes en neurologie, pédiatrie ou psychiatrie.
Les patientes sous Dépakine® doivent par ailleurs bénéficier d’une contraception efficace. Le risque de malformation est pourtant connu depuis les années quatre-vingt par les praticiens. Quant au rapport bénéfice/risque, il a été confirmé comme favorable en décembre dernier par l’agence européenne du médicament.

L’action en justice est intentée contre le laboratoire par des femmes traitées pendant leur grossesse.

L’avocat des plaignantes a relevé que la plupart des ordonnances émanaient de neurologues et qu’il n’y avait pas de prescription hors AMM. C’est donc le défaut d’information qui est visé.

En dépit du fait que

  • les femmes concernées par ces recours juridiques ont consulté pendant leur grossesse plusieurs médecins
  • et que les médecins généralistes ne sont pas en cause dans les prescriptions concernées par la plainte en justice,

ce sont une fois encore les médecins généralistes qui sont stigmatisés et sanctionnés.

Les médecins généralistes n’ont plus que le droit de renouveler l’ordonnance initiée par un médecin spécialiste pour toute prescription de Dépakine® à des femmes en âge de procréer.

Cette mise sous tutelle constitue une mise en cause inacceptable et sans fondements des compétences du médecin généraliste et de son éthique professionnelle.

C’est une décision scandaleuse qui stigmatise une profession, celle des médecins généralistes, et insécurise une fois encore les patient(e)s.