Certificat annuel du sportif : la fin d’une hypocrisie

EGORA
par Catherine Le Borgne le 17-11-2014

Mais quel était donc ce lapin, sorti en début de mois du chapeau de Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat et de la simplification ? Une réforme du certificat de non contre-indication à la pratique du sport, aujourd’hui annuel, qui ne serait plus exigé qu’au bout de trois ans. Surprise, en effet, du fait de l’origine de la communication en conseil des ministres (un secrétariat d’Etat rattaché à Matignon), présentée dans le cadre des 40 propositions du « choc de simplification ». La mesure qui devrait entrer en vigueur au 15 septembre, excluerait les sports extrêmes, comme la boxe.
Tout comme les propositions de mesures de déréglementation de certaines professions libérales ont été présentées en grandes pompes par le ministre de l’Economie, alors qu’elles concernaient la Garde des Sceaux ou la ministre de la Santé, voilà que Thierry Mandon se mêle à son tour de médecine du sport, en dehors du giron de Marisol Touraine ou de Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat au Sport… Curieux.

15 millions par an

Ou plutôt, significatif pour le Dr Bruno Burel, président du Syndicat national des médecins du sport. « Il s’agit d’une mesure structurelle, économique. » D’où la date de sa présentation. En effet, voilà des mois que nombre de commissions ont planché sur la réforme du certificat de non contre-indication, sous l’égide de l’ancien ministre des sports, le Dr Valérie Fourneyron. Mais un consensus n’avait pu se dégager. Ni sur le contenu, ni sur l’identité du praticien responsable ou sur la périodicité des dits certificats. On évoque aujourd’hui un délai de trois ans entre chaque visite. Mais rien n’est officiel pour le moment.
En tout cas Valérie Fourneyron est venue au secours de la victoire en déclarant sur RMC que « c’est une mesure de bon sens: la simplicité et l’accessibilité au sport. Tous les parents ont ce souvenir de début d’année où il faut faire la course au certificat médical. Pourquoi pas, tout simplement sur le carnet de santé de l’enfant, un certificat médical valable pour plusieurs sports ? », a-t-elle déclaré en réaffirmant que le sport est un outil de santé publique, qui doit rester accessible à tous.
Ce ne sont pas les médecins généralistes qui diront le contraire, eux qui en rédigent ou remplissent à tour de bras – on en délivre 15 millions chaque année – en maugréant la plupart du temps devant leurs intitulés…[pagebreak]
parfois exotiques ou carrément risibles. En début d’année scolaire, avec une salle d’attente bondée, cela irrite.
Vizir, une internaute, a bien résumé sur egora.fr, ce ras le bol des généralistes et le côté surréaliste de la chose : « Les enfants qui font du ski en hiver avec leurs parents vont-ils voir un médecin avant ? Ceux qui font du vélo en été, et s’amusent à faire « comme dans le tour de France » (les dénivelées et tout…), ont- ils vu un médecin avant ? Les enfants qui se jettent de la falaise ou du pont (du canal, des Calanques et d’ailleurs) pour nager ensuite à marée haute jusqu’à la berge ont-ils eu leur certificat ? » Le Dr Bruno Burel partage cette ironie, en rappelant que « la sédentarité est bien plus dangereuse que l’activité physique, cette dernière étant bonne pour la santé publique, elle ».

« Cela concerne les assurances »

Alors, pourquoi ces paperasses obligatoires ? La réponse, c’est le Dr Martial Olivier Koerhet, qui la donne. L’ancien président de MG France, à la tête de l’association Soins coordonnés, rappelle que « ce sont les clubs qui le demandent aux parents, pour valider l’inscription, en plus du coût de la licence. Cela concerne les assurances. Ce problème doit être réglé entre assureurs et ministère de l’Economie. Les assureurs sont très riches, ils peuvent faire un geste. Ce n’est pas à l’assurance maladie de régler la facture, mais elle le fait lorsque le formulaire est rempli dans un cadre de consultation. C’est de l’hypocrisie. D’ailleurs, la Sécu fait la chasse aux actes sans ordonnances », ajoute-t-il.
Le Dr Burel partage cette analyse en rappelant que ce sont les fédérations sportives, les associations et les clubs de sports qui demandent ces certificats, actes non remboursables. « Ils ouvrent le parapluie pour les assurances. Le médecin généraliste engage sa responsabilité à la place du patient, c’est lui qui assume la responsabilité financière et éventuellement pénale », d’un gros problème.
Mais si le Dr Olivier-Koerhet considère qu’un certificat tous les trois ans peut être envisageable, si l’on ne s’en tient qu’à la pratique sportive,…[pagebreak]
il affirme que « les assurances n’accepteront pas un tel délai. On ne peut pas demander à un généraliste d’engager sa responsabilité pour trois ans, c’est totalement farfelu. On évoque également l’idée de faire passer un électrocardiogramme au jeune, alors que cela ne préjuge rien pour le sport. Les morts subites sur un terrain de football ou lors d’une course à pied sont là pour le prouver…  »
Alors, quelle périodicité ? « On ne peut pas passer brutalement d’un an pour tout le monde, à plus du tout pour tout le monde », ironise le Dr Burel. En tant que médecin du sport, il approuve l’idée d’une visite annuelle effectuée par le médecin généraliste, une visite de prévention promise depuis des lustres mais jamais mise en place du fait de son coût, qui serait cotée en CCAM (nomenclature). « Mais il ne s’agit pas de sport spécifiquement, c’est un suivi de dépistage et prévention. Pour les enfants qui pratiquent un sport à risque, rugby, boxe, athlétisme à haut niveau, il faut un examen spécifique approfondi annuel. Je me réfère notamment aux recommandations de la Société française de cardiologie du sport, s’agissant des cardio-myopathies et des troubles du rythme. Mais il faut en finir avec le ridicule de ces certificats, qui ne servent pas à grand-chose. »

« Aujourd’hui, chacun fait ce qu’il veut »

Martial Olivier-Koerhet se place sur la même ligne, mais nuance, affirmant ainsi que pour le médecin généraliste, la séance de certificat est tout de même le moyen de voir les enfants, puisque les vraies contre-indications sont très peu nombreuses. « Au moins une fois par an, on peut rattraper des vaccinations, donner des conseils, détecter des problèmes de biométrie. Cela doit faire partie du suivi des familles, alors qu’aujourd’hui, il faut un peu se battre pour voir les enfants. Entre la naissance et 18 ou 20 ans, il peut s’en passer, des choses ! », témoigne-t-il. Sa proposition : lister, entre professionnels des fédérations et représentants de la profession, la liste des contre-indications aux sports, comme l’épilepsie ou la fragilité articulaire, pour un sport où il faut sauter car « il n’y a pas de référentiels aujourd’hui, chacun fait ce qu’il veut. Si un généraliste refuse un certificat, les parents iront en voir un autre et ils l’auront. C’est comme pour la prescription d’antibiotiques… Il faut moraliser le système ».
Le Dr Burel, lui, approuve en tant que médecin du sport, l’idée d’une visite approfondie s’il y a compétition, mais ne demande rien de systématique lorsque l’activité physique est modérée, sans compétition. Le bon sens.

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