Coopérations entre professionnels de santé – Pourquoi elles ne sont toujours pas à l’œuvre en ville

Améliorer les prises en charge des malades, sortir de l’isolement, s’adapter sans cesse aux nouveaux défis diagnostiques et thérapeutiques : ces aspirations sont largement partagées par les 350 000 professionnels de santé de premier recours.

Les professionnels de santé du premier recours construisent au quotidien des nouvelles formes de travail en commun.

Loin, très loin des cénacles parisiens, que le surcroit de travail ne leur laisse pas le temps de fréquenter, ils n’ont de cesse d’aller de l’avant. Parce qu’il le faut bien et parce qu’ils le souhaitent.

Pour autant, les publications manquent pour valoriser ces réalisations.

Dans un monde ancien (paiement à l’acte, crispation devant le tiers payant pourtant rempart supplémentaire contre les inégalités sociales de santé, absence d’outil informatique de coopération), chacun a développé son réseau de connaissances et ses modalités de coopération en faisant fi des cloisons plus qu’étanches entre professions.

Ces professionnels de santé de premier recours, qui réalisent chaque jour la grande majorité des soins, aspirent de plus en plus à consolider et développer ces pratiques coopératives. Dans ce monde nouveau, seul capable de maintenir l’accès de tous à des soins de qualité et un équilibre financier des dépenses de santé supportable pour notre pays, les revendications des acteurs de terrain sont simples, peu coûteuses et rapidement accessibles :

Un interlocuteur identifié et dans son champ de compétences, capable de mobiliser chacun des secteurs ambulatoire, hôpital et médico-social.
Les Agences régionales de santé (ARS) sont les interlocuteurs logiques, seuls en capacité de lancer des ponts vers l’hôpital et le médico-social.
Elles ont pourtant peu développé de projets innovants et surtout produit de la norme. Gageons qu’avec un cadre contractuel adapté et souple elles s’investiront pour répondre au besoin de la population.

Un objectif partagé par chacun des co-contractants : professionnels de santé et ARS
Cet objectif doit être public et validé par les représentants de patients et les élus locaux.
Partagé par tous les acteurs, l’objectif prend sens et mobilise les soutiens nécessaires à la réussite.
Il s’agit de développer l’accès de tous à des soins de qualité et non de régler des questions de pouvoir entre professions, l’une essayant d’étendre son champ et l’autre luttant pour ne rien lâcher. La coopération pluriprofessionnelle c’est d’abord des professionnels de santé qui ont envie de travailler ensemble et qui partagent un même objectif.

Des procédures simples pour organiser la coopération
Les vicissitudes des protocoles article 51 , qui terminent englués dans les procédures, nous ont appris à être prudents.
La capacité d’imagination des inventeurs de contraintes administratives est sans limite. Le cimetière des illusions est rempli de ces dispositifs ambitieux aux cahiers des charges plantureux et incompréhensibles retombés très vite dans l’oubli ou mis en œuvre seulement par une poignée d’établissements seuls en capacité de dégager du temps.
Loin de la complexité, il s’agit de laisser les professionnels de santé travailler ensemble dans l’intérêt des malades.
Pour Soins Coordonnés que je préside, la contractualisation pluri-professionnelle doit suivre un cahier des charges simplifié :

  • définir précisément l’objectif : améliorer la prise en charge des personnes âgées, par exemple,
  • identifier les critères d’évaluation acceptés de tous
  • s’assurer de la réalité des résultats.

Cet ultime principe ouvre une ère nouvelle à la contractualisation en santé.
Les professionnels de santé qui répondent aux besoins de santé des patients aspirent à des procédures simples.

Un outil de communication
Pourquoi est-il si difficile pour une équipe de professionnels de santé de dépasser l’ère du fax et du compte rendu papier ?
Gageons que les syndicats professionnels et l’Assurance-maladie en rajouteront dans la difficulté avec la connexion obligatoire au DMP, serpent de mer inutile et coûteux ou autre cahier des charges incompréhensibles de l’ASIP qui oblige à prendre un prestataire souvent lié aux mêmes syndicats professionnels.
Les professionnels de santé du premier recours veulent des possibilités de communication simples d’utilisation et rapidement accessibles.

Rémunérer le temps de coordination
Développer les coopérations pluri-professionnelles nécessite peu d’argent. Il s’agit de rémunérer les réunions de coordination : ce temps passé et cette énergie créatrice mis au service de l’amélioration des prises en charge des malades.
Pour Soins coordonnés les moyens alloués doivent d’abord rémunérer le temps de coordination.
En outre, les professionnels de santé du premier recours doivent être rémunérés à l’identique car il ne peut y avoir de hiérarchie entre professionnels qui sont collectivement garants de la qualité et de la sécurité des soins du patient.

Des protocoles pluriprofessionnels qui font sens
Chaque équipe de professionnels de premier recours, aussi diverse soit-elle compte tenu des spécificités de chaque territoire, ne peut raisonnablement construire elle-même ses propres protocoles.
Il importe de mettre à leur disposition un corpus d’outils simples (encore une fois) et aménageables en fonction des situations.
Les hautes autorités compétentes doivent entendre qu’elles ne peuvent continuer à prétendre être les seules pourvoyeuses de sens.

Des formations communes entre professions différentes
Elles sont devenues possibles depuis peu grâce à la mise en œuvre du DPC (Développement professionnel continu).
Pour la première fois, les professionnels du premier recours peuvent se former ensemble aux problématiques qu’ils prennent en charge.
En dépit de la virulence des syndicats mono-catégoriels à l’encontre du DPC, des difficultés pour les organismes à les mettre en œuvre compte tenu des règles très contraignantes qui les caractérisent et des retards de paiement qui les caractérisent, il faut développer ces formations pluri-professionnelles et assurer la même indemnisation pour tous les professionnels.

*****

350 000 professionnels du premier recours unis et coordonnés constituent une force considérable pour améliorer les prises en charge des malades. Les coopérations pluriprofessionnelles constituent le levier vers l’efficience et la réduction des déficits liés à la multiplication des actes qu’implique la désorganisation actuelle de notre système de santé de ville.

Martial Olivier-Koehret
Médecin Généraliste
Président de Soins Coordonnés.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :