Archives Mensuelles: février 2014

Dépistage des cancers: révélateur de l’échec des politiques publiques

Malgré les multiples campagnes de communication, les déclarations en tout genre et les moyens colossaux mis à disposition, le récent rapport de l’INCA ne peut que déplorer l‘échec des dépistages organisés.

La participation des patients est évidemment au cœur de la problématique du dépistage.

Le bilan est sans appel : trop faible participation pour avoir un impact de santé publique significatif. Nous sommes loin des résultats des autres pays OCDE et loin du seuil nécessaire de participation pour changer la donne du cancer dans la population.

Prenons le cas du dépistage organisé du cancer colorectal. Un taux de participation de 50 à 60% permettrait de réduire la mortalité chez les 50-74 ans d’environ 15%.
Pourtant, lors de la campagne 2011-12, à peine 32% de la population cible a effectué le test en recueillant des échantillons de leurs selles.

Pour le cancer du sein, l’INCA estime qu’un taux de participation de 70% permettrait de réduire la mortalité du cancer du sein de 15 à 21%. Nous sommes loin du compte.

Par ailleurs, les risques induits et directement liés au dépistage ne sont pas neutres.

Pour ce qui concerne les mammographies par exemple, les cancers radio induits, conséquence de l’irradiation lors des examens aux rayons ionisants représentent tout de même entre 1 à 20 cas pour 100 000 femmes.

De même, les sur-diagnostics induits par une politique de dépistage de masse sont plus nombreux. Des lésions précancéreuses, qui n’auraient très vraisemblablement pas abouti à des symptômes de cancer, sont dépistées dans 1 à 19% des cas.

Enfin, dans le cas du dépistage du cancer colo-rectal, un  » test Hémoccult » positif (sachant que ce test est peu fiable et retrouve un taux trop élevé de faux positifs) aboutit à une coloscopie dont les risques inhérents à l’anesthésie et à une perforation intestinale ou d’hémorragies sévères sont de l’ordre de 3 cas pour 1000, un risque quadruplé passé les 79 ans.

En ce qui concerne l’accès au dépistage, dont une politique de santé publique doit en toute logique aussi se préoccuper, le bilan demeure peu reluisant.

Les patients des CSP les plus favorisées optent pour un dépistage individuel et délaissent le dépistage organisé. Bien qu’objet de peu de communication, le nombre de dépistages individuels à l’initiative du patient est plus que conséquent.
Les catégories les plus défavorisées quant à elles échappent au dépistage organisé alors que le besoin est immense.

Que des politiques aussi coûteuses atteignent si peu de femmes et d’hommes n’est pas une fatalité.

Toutes les publications internationales soulignent l’impérieuse nécessité de l’implication directe des médecins généralistes et des professionnels du soin de premier recours pour atteindre une mobilisation optimale de la population.

Quand bien même les résultats obtenus par les campagnes en cours confortent la nécessité de passer par les médecins généralistes pour réussir la mobilisation, la puissance publique, prisonnière de ses représentations, entend mobiliser la population avec des courriers impersonnels convoquant les patients dans des centres dédiés. Le seul argument de l’existence du dépistage organisé ne suffit pas à motiver les femmes et les hommes concernés.

Notre pays a fait le choix du médecin traitant, médecin généraliste, à qui chaque patient confie la gestion de sa santé en confiance. Il s’entoure ou peut s’entourer d’une équipe de soins de ville pluriprofessionnelle efficace. S’appuyer sur le binôme équipe de soins de ville-patient est une stratégie gagnante. C’est là que peuvent se jouer les choix de santé.

Les moyens nécessaires pour construire cette relation gagnante sont dérisoires au regard des sommes dépensées chaque année dans des structures aussi éloignées des patients que des professionnels de santé.

Les professionnels de santé de ville sont majoritairement prêts à s’investir dans un accompagnement pertinent des politiques de dépistage. La volonté des instances de construire les politiques de santé publique à partir des acteurs du soin primaire reste à clarifier.